Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PATRIMOINE/Vevey-Hauteville-Bruxelles. Des "Petrini ritrovati"

Crédits: Galerie Canesso, Paris-Lugano

C'est en allant au loin que l'on apprend des choses vous touchant de près. Je n'avais pas été assez attentif en 2015-2016. Maurizio Canesso offrait alors dans sa galerie luganaise (la principale se trouve à Paris, près de l'Hôtel Drouot) une petite exposition intitulée «Petrini ritrovati». Le lieu idoine. Lugano est la ville où a travaillé l'un des plus grands artistes italiens du XVIIIe siècle, le Tessinois Giuseppe Antonio Petrini (1677-1755/59). 

Tout a commencé avec la vente du château de Hauteville par Piguet-Hôtel des Ventes, dont je vous ai parlé à l'époque (1). Il y avait des centaines et des centaines de lots. Parmi ceux-ci, des peintures anciennes. Six d'entre elles, passées inaperçues, se voyaient proposées comme école française ou école italienne du XVIIIe siècle. Le style disait pourtant quelque chose. Maurizio Canesso a acheté le tout. A raison. Mauro Natale, professeur honoraire à l'Université de Genève, a eu l'intuition que l'ensemble pouvait se voir attribué à Petrini. Il fallait creuser. C'est ce dont s'est chargée Manuela Kahn-Rossi. La chercheuse a ainsi pu établir qu'une des deux allégories de l'ensemble correspondait exactement au plafond d'une maison veveysane démolie en 1896.

Un plafond italien en plein Vevey 

Comment est-ce possible? Eh bien, il s'agissait de la grande demeure des Herwarth, qui occupait sur la Grand Place un bel emplacement, tout près du château de l'Aile aujourd'hui restauré. Elle se trouvait là où se dresse aujourd'hui la Salle du Castillo. Les biens des Herwarth ont été repris par les Cannac, puis par les Hauteville. Les Cannac ont ainsi construit un nouvel Hauteville au dessus de Vevey en gardant certains éléments de la construction précédente. Je citerai un salon à fresques, dont l'auteur reste encore à identifier. Ce n'est en tout cas pas Petrini. 

Normal donc que les familles aient gardé les deux esquisses. Dûment authentifiées grâce aux photographies prises avant la démolition, elles sont toujours à vendre. Cent dix mille euros pour l'allégorie féminine exécutée en grand par Petrini, dont on ignorait le passage en Suisse romande et son compagnon mâle, pour lequel l'enquête piétine. Le Musée historique de Vevey, sollicité par la galerie, n'a pas jugé la chose intéressante pour ses collections. Il est permis de se poser des questions. Qu'est-ce qui est important? 

(1) La demeure reste à vendre, avec son immense terrain. Mais 60 millions pour une ruine, c'est cher. D'autant plus qu'il faudra négocier âprement avec les monuments historiques. Le vendeur immobilier conserve donc le bien confié par les Grand d'Hauteville depuis trois ans. 

Photo (Galerie Canesso): L'allégorie féminine qui a existé en fresque à Vevey. Fragment.

Texte intercalaire.

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