Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Patrimoine Suisse Genève demande le classement des Tuileries de Bardonnex

L'usine va fermer à la fin de l'année. Il se perdra une production de qualité, ainsi que des savoir-faire. L'organisation patrimoniale demande au Conseil d'Etat d'agir.

L'une des "machines exceptionnelles".

Crédits: Patrick Martin, Tribune de Genève 2020.

Ce n’est pas une révélation. Un quotidien comme la «Tribune de Genève» en a parlé dès le mois de juillet. Victime de ce qu’il me semble difficile d’appeler le progrès, le Tuileries et Briqueteries de Bardonnex, dans la campagne genevoise, vont cesser leur activité à la fin 2020. Jusqu’ici, nul ne s’en était vraiment ému. La dose de fatalisme augmente avec les années. Il se développe, au sein de la population, un sentiment d’impuissance face aux remous économiques tenant proprement de l’anesthésie. 

Aujourd’hui, Patrimoine Suisse Genève réagit. Cela peut sembler tardif. Mais sa motion se veut ferme. L’association demande au Conseil d’État le classement de l’entreprise «ainsi que des machines exceptionnelles qui s’y trouvent.» La fabrique est «unique en Suisse». La qualité de l’argile locale utilisée se révèle extraordinaire. De grande qualité, ses tuiles et ses briques se révèlent nécessaires à la restauration non seulement des édifices locaux, mais de châteaux vaudois ou savoyards dont Chillon et Ripaille. Des envois de Bardonnex ont ainsi servi à rénover le Collège Calvin. Il s’en utilise en ce moment sur le chantier de l’Hôtel-de-Ville. Bref, il sera difficile de faire sans. «Il y aura(it) non seulement la perte d’une production locale de haute qualité, mais d’un savoir-faire remarquable.»

La manie des normes

Il y a ainsi l’aspect humain. «Les travailleurs de Tuileries s’associent à la demande de classement, marquant ainsi l’importance sociale et culturelle des produits actuels de cette usine.» Jacques Kaufmann me les vantait du reste lors de l’entretien qu’il m’avait accordé en 2019 lors de la création de ses murs de briques dans le parc de l’Ariana, où l’un d’eux reste de manière pérenne. Il se déclarait soucieux de la manie, très helvétique, des mises «aux normes». Même pour des choses où l’on voit mal où se situent les problèmes. Pour lui, la  Suisse était en train de tuer sa créativité locale à force de règlements que le céramiste jugeait ineptes.

Le texte va donc se voir envoyé au Conseil d’État. Un corps de sept membre que Robert Cramer, le président de Patrimoine Suisse Genève, connaît bien. Je vous rappelle que l’homme a été le premier Vert à y siéger à partir de 1997. Il a même présidé le Conseil en 2003-2004. Cramer connaît tout aussi bien Berne, dans la mesure où fut également élu au Conseil des Etats, où il représenta notre canton jusqu’en 2019. Ses successeurs genevois l’écouteront-ils? On est plutôt grosses dépenses que petits classements à Genève...

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