Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Patrick Gutknecht montre à Genève le mobilier du XXe siècle signé Jacques Adnet

L'ébéniste et décorateur a traversé son époque, de l'Art Déco aux derniers accents du luxe traditionnel vers 1960. A voir encore pour quelques jours.

Un semainier signé Adnet.

Crédits: Photo fournie par la galerie Patrick Gutknecht.

Les marchands spécialisés dans les arts décoratifs du XXe siècle ont souvent un cheval de bataille. Pour le Parisien Jacques Lacoste, c’est Jean Royère (1902-1981). A Genève, Patrick Gutknecht a pour sa part misé sur Jacques Adnet (1900-1984). Un autre ensemblier qui aura lui aussi parcouru un chemin allant de l’Art Déco bien rigide des années 1920 aux derniers feux du luxe traditionnel, vers 1960. Les deux hommes n’ont pas été seuls à emprunter ce chemin tortueux. Il suffit de relire attentivement «Les décorateurs des années 1940» de Bruno Foucart et Jean-Louis Gaillemin, paru chez Norma en 1998 (1). Les deux auteurs avaient ici retenu vingt-et-un noms alors méconnus, d’André Arbus à Emilio Terry.

Jacques Adnet. Photo DR.

Patrick Gutknecht avait pensé se lancer, lors de ses années universitaires, dans une thèse sur Adnet. Une recherche qui eut quelque peu détonné dans le trop sérieux paysage académique. Il avait commencé ses recherches, mais il subsistait des lacunes dans certaines périodes de la création du Français. Ce dernier avait commencé par travailler avec son frère jumeau avant d’œuvrer seul, prenant la tête de la Compagnie des arts français. Avec Adnet, nous demeurons en effet parmi les ébénistes classiques et luxueux, alors que l’UAM entendait parallèlement révolutionner le mobilier avec des tuyauteries chromes et du verre sablé. Sus aux défendeurs d’un passé révolu! L’avenir sera pour eux à la fois multiple, rationnel, pratique et industriel.

Un livre entre-temps

Pour les dix ans de son actuelle galerie de la rue Saint-Léger à Genève, Patrick Gutknecht est logiquement revenu à Jacques Adnet, dont il a exposé les toiles de sa fille Françoise quand il se trouvait encore à la Grand-Rue. L’homme a entre-temps publié en 2010 un livre sur l’artiste, qui en suivait un autre dû à une doctorante un peu pressée. Ce dernier était signé par Gaëlle Millet (avec Alain-René Hardy). L’antiquaire n’a en effet jamais abandonné le sujet, qui lui tient à cœur. Il a ainsi découvert de nouvelles œuvres documentées, alors qu’il en rejetait d’autres improbables. Certains de ses confrères ont l’attribution généreuse. Or Adnet a selon Patrick relativement peu produit. Et ses œuvres restent par conséquent rares sur le marché.

Pour classer le courrier. Photo fournie par la galerie Patrick Gutknecht.

Pour l’actuelle présentation (il reste difficile de parler d’exposition dans la mesure où les Adnet de différentes époques sont disposés un peu partout dans la vaste galerie), Patrick Gutknecht montre un peu de tout, avec des provenances parfois amusantes. Un semainier laqué noir a ainsi appartenu au chanteur de charme André Claveau, qu’on entendait beaucoup sur 78 tours dans mon enfance. La pluralité des styles peut étonner. Le visiteur verra aussi bien un bureau moderniste de 1932 que deux énormes fauteuils confortables des débuts de la décennie suivante. Les années 50 se voient représentées par un subtil bureau pliable comme par une petite commode. Un meuble à classer les documents étonne par son étrangeté métallique. Il reste parfois difficile de trouver un air de famille qui serait commun à ces créations dénotant des intérêts fort divers.

Des Puces à ArtGenève

Patrick maintient ferme la barre, alors que les antiquaires se raréfient à Genève comme ailleurs. Il diversifie pour ce faire ses intérêts, nés au début des années 1980. Les cannes, qu’il a toujours affectionnées. La photo contemporaine. Il a même eu un temps un second magasin à Paris, rue de Turenne. Le métier, il l’a dans le sang, même si aucun analyste chimique n’a jamais su détecter ce genre de molécules. J’ai connu Patrick Gutknecht faisant des brocantes. C’était à Palexpo. L’homme ne répugne pas aujourd’hui à assurer le marché mensuel une place de Carouge, quand il se déroule effectivement. Il figure aussi parmi les exposants d’ArtGenève, ce qui fait plus chic mais ne se révèle finalement pas plus passionnant. Le galeriste tient surtout son magasin depuis 2000. Un chiffre rond. L’histoire peut-être de prouver que tout roule, en dépit des aléas.

(1) Un meuble d’apparat gainé de cuir rouge d’Adnet remontant à 1939 faisait du reste la couverture de l’ouvrage.

Pratique

«Jacques Adnet et la Compagnie des arts français», Galerie Patrick Gutknecht, 28, rue Saint-Léger, Genève, jusqu’au 30 juin. Tél. 022 312 32 14, site www.gutknecht-hallery.com Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h30, le samedi jusqu’à 18h.


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