Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Patrice de Voguë, le propriétaire du château de Vaux-le-Vicomte, est mort. Et la suite?

Le comte avait reçu l'énorme demeure et son jardin à la française comme cadeau de mariage en 1967. Il en a fait un parc d'attraction à l'image des domaines anglais.

Le château, ses dépendances et une petite partie du parc.

Crédits: Site de Viator

J’ai appris la mort à 91 ans de Patrice de Voguë par un texte de Guy Boyer dans «Connaissance des Arts», posté en ligne. Il y a eu d’autres articles. De loin, ce décès peut sembler réserver aux pages de «Point de vue», qui se révèle du reste un journal fort bien fait dans son genre. De près, la disparition pose des questions. Le comte était le propriétaire du château de Vaux-le-Vicomte, en Seine-et-Marne. Un bâtiment qu’il avait reçu comme cadeau (paternel) de mariage en 1967, quand il avait épousé l’aristocratique Cristina Colonna Di Paliano. Le présent avait quelque chose d’empoisonné. Il s’agit du plus grand château privé de France, avec ses dépendances et son immense jardin à la française créé par Le Nôtre.

Tout le monde connaît la demeure, créée au XVIIe siècle pour le surintendant Nicolas Fouquet, du moins en photo. Architecte Le Vau. Peintre Le Brun. Louis XIV fit une jaunisse en découvrant le domaine en 1661. Il ordonna d’arrêter son ministre de finances pour des prévarications qui n’étaient sans doute pas inventées. Tout fut saisi. Les créanciers laissèrent néanmoins le ruineux domaine à Madame Fouquet. Ses descendants en profitèrent jusqu’en 1705. Le maréchal de Villars s’y installa alors, sans en avoir les moyens. «Trop de cascades. Trop de fontaines.» La demeure passa ensuite aux Choiseul-Praslin, qui l’abandonnèrent peu à peu. L’ensemble se voyait voué à la démolition quand il fut racheté in extremis par Alfred Sommier, le roi du sucre, sous le Second Empire. Un coup de foudre. L’architecte Gabriel Hippolyte Destailleurs s’occupa des murs. Elie Laisné et Alfred Duchêne reconstituèrent le parc, dont il ne subsistait rien.

Faire de l'argent avec tout

Que faire de Vaux, dont les nymphes se virent jadis chantées par Molière? Patrice de Voguë et son épouse se lancèrent dans un opération ressemblant à celle des grands châtelains anglais. Le duc de Bedford et sa pétulante épouse française Nicole Millinaire. Le duc et la duchesse de Devonshire, une des cinq soeurs Mitford. Le comte de Carlisle. Il fit de la demeure et de ses environs un parc d’attraction. Un Disneyland où tout serait authentique. L’ouverture au public s’effectua dès 1968. Celui-ci put non seulement visiter, mais bénéficier d’attractions. Les lieux se virent loués pour des tournages de films ou de TV. Il fallait faire de l’argent avec tout. Vaux constitue un gouffre, et la fortune des Sommier appartient à l’histoire.

Le comte, la comtesse et leurs trois fils. Photo Site de Vaux.

Ce fut une une réussite, avec bien des soucis. En 1983 naissaient les Amis de Vaux. Un plus. En 2005, les châtelains durent vendre des meubles et objets pour refaire le toit. Un moins. En 2019 enfin, le comte nonagénaire se vit braqué et séquestré comme un vulgaire bijoutier. Deux millions d’euros de butin. Un gros déficit. Mais en 2019 aussi, le dernier des trois fils de Patrice (Ascagno, Alexandre et Jean-Charles) rejoignait aussi l’entreprise familiale.

Et la succession?

Il faudra maintenant voir comment la succession se gérera sur le plan fiscal. Mais l’État ne peut passe permettre de recevoir un jour futur Vaux en dation. Il a déjà bien trop de monuments sur les bras, et sa gestion se révèle plus coûteuse que celle des particuliers. Une grosse menace patrimoniale plane de plus en France. Deux mille châteaux sont en permanence à vendre aujourd’hui, sans trouver la plupart du temps preneur. Qu’en faire dans quelques années? Un tri sélectif, selon l’historique, l'esthétique et surtout le touristique? Les caisses municipales, régionales et étatiques sont la plupart du temps vides outre Jura.

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