Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Pastwomen" entend depuis 2007 développer l'archéo-féminisme en Espagne

Le collectif, créé sous forme de réseau universitaire, entend démontrer que les femmes d'avant l'écriture n'occupaient pas une position subalterne dans la société.

Raquel Welch dans "Un million d'années avant "Jésus-Christ" (1966).

Crédits: 20th Century Fox.

Leur réseau remonte à 2007. «Pastwomen» veut aujourd’hui se faire connaître d’une manière extra-universitaire. D’où l’article que je viens de lire sous la plume de Roberta Bosco. La journaliste italienne s’est entretenue avec plusieurs membres de ce collectif espagnol. Après l’éco-féminisme, promu par d’autres, voici l’archéo-féminisme. Le but de ces chercheurs (il y a tout de même certains hommes) et chercheuses est de mieux montrer la relation entre les sexes avant que naisse l’écriture. Selon elles et eux, «l’histoire a été écrite au début du XIXe siècle par des hommes blancs issus des couches sociales les plus élevées.» Pourquoi les choses ont-elles commencé là et non plus tôt, le XVIIIe ayant vu un nombre élevé de publications sur le sujet, je ne sais pas. «Ces hommes, issus de milieux où les femmes ne travaillaient pas ont projeté sur un passé lointain les préjugés de leur temps.» C’est là le péché (aujourd’hui aussi très répandu) que certains historiens appellent «le présentisme». Les femmes préhistoriques seraient donc restées selon la doxa du XIXe des ménagères et des mères.

Le collectif et ses sympathisantes lors d'un congrès de 2018. Photo DR.

Tout cela est faux pour Carmen Risquez, professeur de préhistoire à Jaén, à l’origine du regroupement des dix-sept créatrices de «Pastwomen». Un collectif aujourd’hui subventionné par le Ministère espagnol des Sciences et de l’Innovation. Ce réseau regroupant également des anthropologues ou des historiennes de l’art se voit aujourd’hui coordonné par Paloma González, de l’Université autonome de Barcelone. «S’il y avait à l’époque des différences entre les sexes, les inégalités n’existaient pas.» «Pastwomen» met ainsi en avant les tombes féminines où ont été retrouvées des armes. La plus emblématique serait ainsi celle de la Dama de Baza, retrouvée avec dans la province de Grenade en 1971 avec quatre panoplies complètes. Ses cendres se trouvaient dans une urne modelé à son effigie. Les Amazones ne formeraient donc pas un mythe total.

La Dama de Baza, IVe siècle avant J-C. Photo Musée archéologique de Madrid, DR.

Plus lointainement, il s’agirait aussi selon «Pastwomen» de regarder autrement les peintures pariétales découvertes dans des grottes. Elles ne constitueraient pas, comme il a toujours été admis, l’œuvre des hommes de la tribu, mais celle de la collectivité entière, enfants compris. Une chose qui pourrait se démontrer scientifiquement en étudiant les traces de doigts. Notez que l’idée, elle aussi, correspond à l’idée d’un temps. Le nôtre.

La femme lacustre vue par Albert Anker vers 1880. Ménagère et mère. Photo DR.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."