Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Un million pile pour deux fauteuils "ours polaire" de Jean Royère

Crédits: Jean Royère/Christie's, Paris 2017

Oui, c'est cher! Lors de la vente dédiée à Jean Royère (1902-1981) par Christie's à Paris le 20 novembre 2017, deux fauteuils «ours polaire» du designer français, un modèle créé en 1947, se sont vendus l'équivalent d'un million de francs suisses (ou 847 500 euros). Frais inclus, tout de même. Comme vous pouvez le voir, la part d'ébénisterie, voire même de menuiserie, reste faible. Il s'agit d'une grosse boule, ici jaune. Enlevez cette sorte de moquette et il ne reste plus rien. Il s'est cependant trouvé un amateur pour mettre cette somme sur le tapis. L'estimation semblait déjà plus que coquette. Christie's espérait entre 300 000 et 500 000 euros au marteau. Le canapé en suite s'est nettement moins bien vendu. Prisé la même somme, il n'est monté «que» jusqu'à 439 500 euros.

Le reste de la vente s'est dans l'ensemble bien passé. Vingt-quatre lots sur 31 ont changé de mains. Deux exemplaires du fauteuil œuf, imaginé lui en 1954, ont réalisé 415 500 euros, alors que les espérances tournaient entre 80 000 et 120 000. Le couple de fauteuils éléphanteaux de 1964-65 n'a pas réalisé la même «culbute». Christie's en attendait entre 180 000 et 250 000. Le prix total atteint n'est là à nouveau «que» de 355 500.

Une bulle qui enfle 

Je veux bien que Royère, remis en selle par un marchand parisien comme Jacques Lacoste, soit un décorateur honorable et même intéressant. Cela fait tout de même beaucoup d'argent. Mais on sent en ce moment un emballement du marché né du flux d'argent en circulation. Les fauteuils «polaires» vont en quelque sorte avec le Vinci à 450 millions, l'appartement à Honkong à 71 millions de dollars et le chalet à Gstaad qui était proposé il y a quelques mois pour 100 millions. De francs, je suppose, puisque nous sommes en Suisse. On sent la bulle monter. La précédente folie du même genre était intervenue en 1990, juste avant le krach qui avait mis le marché de l'art par terre, contrairement à ce qui s'est passé en 2008. La même inflation atteint le nombre des foires d'art dans le monde. On en annonce sans cesse de nouvelles. Là aussi, comme dans le reste de l'économie, ne serait-il pas temps d'envisager une décroissance?

Photo (Christie's): La paire de fauteuils «ours polaire». Ose-t-on encore s'y asseoir?

Texte intercalaire.

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