Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/"Picasso primitif" à Branly séduit sans vraiment convaincre

Crédits: DR/Montage réalisé pour l'affiche de l'exposition du Quai Branly, Paris

«L'art africain, connais pas.» En prononçant cette petite phrase, qui l'arrangeait bien, Pablo Picasso aurait dû se retrouver avec le nez de Pinocchio. Sa peinture se révèle truffée de références aux productions Baoulé, Dogon ou Chokwe. A moins qu'il ne s'agisse de coïncidences, bien sûr. On se souvient des polémiques soulevées en 1984-1985 par l'exposition organisée par William Rubin et Kirk Vandernoe au MoMA new-yorkais sur le primitivisme au XXe siècle. Elle reste pourtant, avec «Magiciens de la Terre» à Beaubourg (1989), l'une des grandes références sur les mélanges de cultures à la fin du XXe siècle. 

Pour sa centième manifestation depuis son ouverture il y a un peu plus de dix ans (c'était en juillet 2006), le Quai Branly a choisi de montrer «Picasso primitif». Un accrochage qu'on eut plutôt imaginé à l'Hôtel Salé, rue de Thorigny, où le peintre a son musée. Le primitif l'a emporté. Il faut dire qu'il le fait quantitativement. Sur les quelque 300 œuvres présentées, il n'y a que 107 Picasso, ce qui semble déjà pas mal. Mais le plateau du rez-de-chaussée se révèle immense et il s'agit de le meubler. Remplir. Par une nouvelle erreur de «casting», Picasso occupe un peu trop de place en bas, alors que «L'Afrique des routes» (1), au propos par définition sans fin, se retrouve coincé en haut sur une mezzanine.

Un double parcours 

L'exposition Picasso de Branly  se révèle double. La première partie se lit comme un livre, ce qui prouve une certaine confusion des genres. De grands panneaux de textes, ponctués tout de même de quelques pièces originales, racontent les rapports de l'artiste avec la création africaine ou océanienne et ce année par année. C'est assez long. Le premier contact remonte en effet à 1906, Picasso a alors 25 ans. Il découvre chez André Derain un masque Fang, que celui-ci a acheté 50 francs or (c'est alors déjà un prix) à son collègue et ami Maurice de Vlaminck.

Après cet interminable préambule, le visiteur a le droit d'arpenter l'espace ouvert. Il y trouve des Picasso mis en regard de chefs-d’œuvre africain. C'est un peu «cherchez l'erreur». Dans une vitrine, quelle est la création de Picasso qui vient jouer à l'intruse? Tout se base sur des formes, des affinités de style plutôt que sur une connaissance avérée du modèle original. A la limite, c'est «Picasso aurait pu aimer cela s'il l'avait de ses yeux vu.» 

Ce qui se perd en science (Rubin s'est du reste vu contesté depuis 1984) se retrouve en plaisir du regard. Il y a énormément à voir et à admirer. Il faut un peu faire abstraction du contexte. Le plateau du musée ne constitue pas une réussite architecturale. Trop grand. Trop haut. Trop biscornu, à la Jean Nouvel, pour créer de réelles circulations. On l'assombrit du reste bien souvent. Il suffit de penser à la récente présentation dur les Iles Marquises. Ici pas, ou peu de clair-obscur. D'où une impression de flottement. Il y a beaucoup de petites choses. Un regard attentif saura heureusement se concentrer sur les sculptures exposées, qui sont pour la plupart magnifiques. 

(1) L'exposition sur «L'Afrique des routes» dure jusqu'au 12 novembre. J'en ai déjà parlé.

Pratique

«Picasso primitif», Musée du Quai Branly, 37, quai Branly, Paris, jusqu'au 19 juillet. Tél. 00331 56 61 70 00, site www.quaibranly.fr Ouvert le mardi, le mercredi et le dimanche de 11h à 19h, les jeudis, vendredis et samedi de 11h à 21h.

Photo (DR/Affiche de l'exposition): Picasso et un masque africain. Où s'arrêtent la connaissance et l'inspiration?

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur l'exposition "Olga Picasso" du Musée national Picasso.

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