Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Petit Palais se met aux couleurs pastel de Degas à Redon

Crédits: Charles-Lucien Léandre/Petit Palais, Paris 2017

S'agit-il bien d'une exposition? Pas vraiment. «L'art du pastel, de Degas à Redon» relève plutôt de l'accrochage. Quelle différence, me direz-vous? Elle se révèle ici de taille. Le Petit Palais de Paris présente sa collection de pastels, ou du moins un florilège de celle-ci. Il n'y a aucun emprunt extérieur. Le fonds du musée est ce qu'il est, avec ses richesses et ses lacunes. Il reflète son histoire et celle des donations reçues. 

On expose aujourd'hui rarement des pastels, même si le Musée d'art et d'histoire propose en permanence ceux exécutés au XVIIIe siècle par Jean-Etienne Liotard. Il s'agit d’œuvres fragiles. Les poudres de couleurs peuvent tomber de leur support papier (ou toile ou encore parchemin) au moindre choc. Notons cependant que certains artistes ont mieux su fixer leurs œuvres que d'autres. On s'en rendait compte cet été à l'exposition Perronneau d'Orléans. Nombre de créations de ce délicat portraitiste du Siècle des Lumières se trouvent aujourd'hui à l'état sinon de ruines, du moins de fantômes. Le Petit Palais, qui ne prête en aucun cas un pastel, a donc décidé mettre les siens aux murs, dans la pénombre du sous-sol, pour seulement six mois. Après, retour en réserves!

Vigée-Lebrun, pour commencer 

L'activité du musée tourne d'une manière générale (il y a des exceptions, comme le récent «Baroque des Lumières») autour des années 1850 à 1914. C'est l'époque de la création du bâtiment de Charles Girault. C'est le moment aussi où se forment les éclectiques collections des frères Dutuit, à l'origine du fonds du Petit Palais. L'institution aujourd'hui dirigée par Christophe Leribault se révèle particulièrement riche en grandes toiles plus ou moins académiques, arrivées par la suite. Je dis bien «plus ou moins». Il ne faudrait tout de même pas mettre Gustave Courbet, Léon Bonnat, Gustave Doré ou Fernand Pelez dans le même sac. 

Le défilé des pastels commence avec un portrait de la princesse Radziwil, exécuté vers 1800 par une Elisabeth Vigée-Lebrun en petite forme. C'est le clin d’œil fait au passé prestigieux de cette technique ayant connu ses spécialistes et ses utilisateurs occasionnels. Une place se voit accordée aux romantiques. Une autre aux réalistes. Les impressionnistes se révèlent bien présents avec Berthe Morisot, Auguste Renoir et bien entendu Edgar Degas. La suite logique nous offre Odilon Redon, qui pousse la couleur au maximum, comme Paul Gauguin.

Lausanne en 2018 

Le plus spectaculaire vient cependant de gens moins célèbres. Ce n'est pas un hasard si «Sur fond d'or», tracé en 1897 par un Charles-Lucien Léandre, plutôt connu comme caricaturiste, fait l'affiche. Il s'agit d'un stupéfiant morceau de virtuosité, avec la figure féminine centrale en contre-jour. Plus célébrés pour leurs huiles, James Tissot ou Jacques-Emile Blanche se montraient aussi de bons techniciens du pastel, qu'ils utilisent entre autres médiums. C'est par contre le mode exclusif de Lévy-Dhurmer, dont le public peut découvrir un étonnant triptyque monochrome dans les rouges, sur le thème de Beethoven. Le pastel a toujours convenu aux symbolistes, avec ce qu'il permettait de vaporeux. 

La manifestation ne va guère plus avant. Elle confirme ce qu'avait fait découvrir, il y a quelques années, une présentation similaire organisée à partir de son fonds propre par Orsay. Je rappellerai pour terminer que l'Hermitage, à Lausanne, annonce pour le 2 février 2018 «Splendeurs du pastel». Il s'agira cette fois d'une vraie exposition, avec des emprunts, obtenus à l'arraché. Le parcours ira de la Renaissance, où le matériau sert encore à rehausser des dessins, jusqu'à nos jours. Un figuratif comme Sam Szafran, un abstrait du calibre de Sean Scully restent en effet de fervents adeptes des poudres de couleurs, qui avaient en leur temps fasciné Picasso.

Pratique

«L'Art du pastel, de Degas à Redon», Petit Palais, avenue Winston-Churchill, Paris, jusqu'au 17 décembre. Tél. 00331 53 43 40 40, site www.petitpalais.paris.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Le musée présente en parallèle le peintre suédois Anders Zorn (1860-1920). J'y revindrai.

Photo (Musée du Petit-Palais): Un fragment de "Sur fond d'or" de Charles Lucien Léandre. C'est l'affiche.

Texte intercalaire.

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