Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Petit Palais offre les dessins Horvitz "de Watteau à David"

Crédits: Collection Horvitz/Petit Palais, Paris

Elle était déjà venue à Paris en 1999. Le Musée Jacquemart-André accueillait alors une petite partie de la collection de Jeffrey Horvitz, entre d'autres étapes prévues à Harvard, Toronto, Edimbourg ou Los Angeles. Les amateurs avaient alors pu découvrir un florilège de dessins français des XVIIe et XVIIIe siècles acquis par l'Américain, avalisant ou rejetant ainsi les avis de son conservateur Alvin L. Clark Jr. C'était spectaculaire. Excitant. Le Petit Palais remet donc aujourd'hui le couvert avec «De Watteau à David», ce titre sans surprise ayant au moins le mérite d'annoncer la couleur. Les œuvres retenues ne sont pas les mêmes. Ou rarement. D'une part, la collection s'est enrichie, les feuilles italiennes ayant cependant été vendues après 2008. De l'autre, il s'agit d'un énorme ensemble, s'ouvrant toujours davantage à la peinture. Les visiteurs du musée parisien noteront vite le nombre élevé des tableaux, présentés en échos aux dessins. 

Mais qui est Jeffrey Horvitz, un homme aussi discret que son homologue français Louis-Antoine Prat (voir article précédent) se montre tonitruant? Je reprend ici mon catalogue «Mastery & Elegance» de 1999, où l'amateur se faisait gravement interroger sur le pourquoi du comment de sa vie par William W. Robinson et Alvin Clark. Horvitz naît en 1950. Il étudie la psychologie et la sociologie. L'homme devient ensuite marchand d'art moderne et contemporain à Los Angeles. Nous sommes dans les années 70. En 1980, il se lance dans l'immobilier à Hollywood. Hollywood Floride, je précise. C'est tout près de Miami. Il amasse ainsi une énorme fortune, s'installant lui-même près de Boston dans une somptueuse propriété. Son interminable guerre avec ses voisins peut se découvrir grâce à la presse locale déversée sur le Net. Impossible aujourd'hui de vivre caché.

Des choix réfléchis

Le choix du dessin français a été mûrement réfléchi. Les achats ont fait boule de neige. Peu au début. Des quantités dans les années 1990. Toujours en calculant, cependant. Jeffrey Horvitz passe chez les marchands d'art, qui l'espèrent et le redoutent à la fois, comme le client le plus marchandeur du monde. Il coupera le prix en deux, ou demandera un gros rabais pour un lot de plusieurs pièces. C'est le contraire du collectionneur coups de cœur, brouillon et dépensier. Notons que l'homme se montre cependant large pour le Fogg Museum d'Harvard et que le Petit Palais vient de recevoir un tableau et deux dessins en guise de remerciement. Il faut dire que l'exposition, au sous-sol, apparaît très réussie. Elle avait besoin de ce cadre plutôt intime. 

Le choix s'est donc limité cette fois au XVIIIe siècle. Horvitz en aime les grandes feuilles spectaculaires (on dit alors volontiers «murales»). Il apprécie les sujets sérieux, voire graves. Le taux de mortalité y apparaît élevé. Nous baignons dans l'Histoire, la Bible et la mythologie. L'amateur, en bon Américain, préfère les pièces en bon état de conservation. En revanche, il se montre moins sensible au grands noms que d'autres. Un artiste jugé secondaire, voire un inconnu ne lui font pas peur. Notons cependant que le visiteur ne trouvera rien d'anonyme au Petit Palais. Tout porte une attribution, même si cette dernière n'évoque un souvenir qu'à une poignée d'amateurs.

Sujets savants 

De Watteau à David, dont il possède des créations majeures, à Boucher, dont il reste un fervent amateur, il a la voie royale dans l'accrochage réglé par l'exubérant Alvin Clark et Christophe Leribault, directeur de Petit Palais. Elle culmine sans doute avec les huit Fragonard. Il existe aussi les chemins de traverse, conduisant le visiteur à des découvertes. C'est le moment de lier connaissance avec Joseph le Lorrain, Pierre Peyron, Philippe-Louis Parizeau, Jacques de Lajouë ou même Carle van Loo, pour qui ignorerait encore ce monsieur. Et puis l'exposition, outre le plaisir de l’œil, peut nourrir le cerveau. En sortant, vous saurez identifier des sujets comme «Les jeunes Athéniens tirant au sort pour être livrés au Minotaure», «Antiochus dictant ses dernières volontés» ou même «La dispute de saint Augustin contre les donatistes.» On apprend des choses tous les jours.

Pratique 

«De Watteau à David, la Collection Horvitz», Petit Palais, avenue Winston-Churchill, Paris, jusqu'au 9 juillet. Tél. 00331 53 43 40 00, site www.petitpalais.paris.fr Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 10h à 18h. Le musée montre en parallèle «Le baroque des Lumières», dont j'ai déjà parlé, jusqu'au 16 juillet.

Photo (Collection Horvitz/Petit Palais, Paris). La femme nue de François Boucher (1703-1770) qui fait l'affiche de l'exposition.

Ce texte est complété juste en dessous par un autre sur la Collection Prat à Venise.

Prochaine chronique le lundi 1er mai.  I.M. Pei, l'architecte de la Pyramide du Louvre, a fêté ses 100 ans.

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