Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Parcours des Mondes, une promenade pour "insiders"

Crédits: Galerie Serge Schoffel, Paris

C'est un marronnier ou plutôt, vu le contexte, un cocotier. Depuis 2002, le Parcours des Mondes regroupe à Paris chaque année des marchands d'arts premiers (existe-t-il au fait des arts deuxièmes?). Les exposants, qui résident parfois sur place, mais viennent essentiellement de l'étranger, se présentent dans une galerie. La leur, ou celle louée pour l'occasion. Il s'agit, comme le veut la mode actuelle, d'une manifestations courte. Six jours en comptant celui du vernissage.

Le but initial était de refléter les productions anciennes d'Afrique et d'Océanie, avec un petit strapontin pour l'Australie. Il y a eu ensuite, comme partout, une volonté d'ouverture. L'Asie a opéré son entrée il y a quelques éditions, celles-ci se déroulant toujours début septembre. Sans réel succès. Si les étendards marqué de l'animal stylisé afro-océanien se font toujours plus nombreuses, les petits dragons chinois ont de la peine à grandir. Il faut dire que l'on s'adresse avec eux à une clientèle très différente. Le Japon ou l'Inde classiques ont peu à voir avec le tribal. Il y a juste quelque exceptions pouvant opérer le lien, comme les Batak indonésiens. Ou alors l'Himalaya.

Manque d'étiquettes 

Président de cette édition, le Cubain Javier Peres a martelé à la presse sa volonté de maintenir un spectre large. «Le Parcours des Mondes ne s'adresse pas à une niche.» Il ne suffit hélas pas d'aboyer la chose. Il faudrait le faire comprendre une fois pour toutes aux participants, très (trop?) nombreux cette années avec 68 inscriptions. Beaucoup demeurent en effet ceux et celles se contentant de poser les plus belles pièces sur un socle, sans donner la moindre explication. Au malheureux visiteur de deviner l'ethnie et l'époque. Une attitude inadmissible, même si certains galeristes assurent que l'absence d'information peut créer le dialogue avec les exposants, les renseignements devant bien se voir demandés à quelqu'un. Je concède néanmoins que certains galeristes, et non des moindres, fournissent des fiches si longues qu'elle ressemblent à des appareils scientifiques. Un juste milieu me semblerait souhaitable.

Il y a de tout en ce moment dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, dont le territoire délimite le Parcours. Certains hôtes proposent un méli-mélo sans la moindre mise en scène. D'autres ont pensé à développer ce qu'on appelle noblement de nos jours un «projet curatorial». Une bonne idée. Un panorama national comme celui du Gabon chez Philippe Ratton possède quelque chose de muséal. L'exposition en question a d'ailleurs débuté au mois de juin dernier. On en arrive aux derniers jours. Idem pour la préhistoire chinoise chez le spécialiste Christian Deydier. Magnifique. Le marchand maintiendra sa présentation jusqu'au 30 septembre.

Public hyper spécialisé 

Il faut dire qu'en dépit des assertions de Javier Peres, le public reste ici hyper connaisseur. Il est venu souvent de loin pour le Parcours, alors que la manifestation bruxelloise du même type tend à s'étioler en juin. On entend dans la rue beaucoup d'anglais, avec divers accents, du flamand et du néerlandais, ce qui n'est pas tout à fait la même chose, ou de l'espagnol. D'une certaine manière, le Parcours, offrant à ses visiteurs quelque chose d'unique, se révèle plus international que la très parisienne Biennale du Grand Palais...

Pratique 

«Parcours des Mondes», quartier de Saint-Germain-des-Prés, Paris, jusqu'au 17 septembre. Site www.parcours-des-mondes.com Ouvert de 11h à 19h, jusqu'à 21h le jeudi 14, jusqu'à 18h le dimanche 17.

Photo (Galerie Serge Schoffel): Un collier en plumes de perroquet du Sepik.

Texte intercalaire.

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