Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Palais Galliera montre les robes de Dalida. Ville et scène

Crédits: Palais Galliera, Paris

Une robe de velours rouge, étranglée à la taille avec une juge à godets. Signée par Jean Dessès, le Grec de Paris, elle marquait en 1957 les débuts sur scène de Dalida à Bobino. Vingt-cinq ans plus tard, la chanteuse la ré-endossera pour un nouveau spectacle à l'Olympia, afin de se persuader qu'elle n'avait pas changé. Oh surprise! Elle était devenue plus mince. Le temps des pulpeuses était passé. Les années 1980 préféraient les échalas bien osseux. 

Le Palais Galliera propose aujourd'hui une exposition Dalida. Logique. L'année dernière, Orlando, le frère de l'Italo-Egyptienne des variétés françaises, a fait don à la Ville de Paris de sa garde-robe de ville comme de scène. Il y avait là 209 robes, plus une quantité d'accessoires. La vedette, qui s'est suicidée en mai 1987 parce que «la vie lui était devenue intolérable», avait énormément gardé de choses, même si elle n'avait pas atteint la pathologie conservatrice de Pablo Picasso ou de Marlene Dietrich. Le Musée municipal, que dirige aujourd'hui Olivier Saillard, peut donc en montrer 108 costumes dans un décor, pour une fois sobre, de Robert Carsten. Il s'agissait de lui laisser la vedette, ce qui peut sembler logique. Notons que l'institution a naguère rendu le même hommage à Sylvie Vartan ou (dans un genre nettement plus distingué) à la comtesse Greffulhe, tant admirée par Marcel Proust pour son élégance.

Un caméléon 

Que dire du goût de Dalida? La presse, même la plus indulgente, a souvent parlé d'elle comme d'un caméléon. L'artiste n'a donc pas imposé de styles bien personnels. Elle a suivi toutes les modes, que se soient celles de la couture au de la chanson. La chose lui a d'ailleurs réussi. Je vous rappelle qu'en une trentaine d'années, la dame a tout de même vendu 120 millions de disques (même si d'aucuns contestent ce chiffre fou). Il faut dire que le public en achetait énormément à cette époque. Elle est a ainsi reçu en France le premier «disque de diamant». Cela se passait en avril 1981 et l'objet, aussi kitsch que permis, lui a été remis en direct par l'ineffable Michel Drucker. 

Passant des roucoulades de la fin des années 1950 au rythmes soutenus de la décennie suivante, puis au «disco», dont elle fut l'une des reines européennes, Dalida a fatalement changé de «look» en même temps. Grosso modo, elle est non seulement devenue de plus en plus blonde, elle qui avait commencé avec une chevelure de jais, mais toujours plus dure d'aspect. Emplumée, pailletée, corsetée, fardée, la chanteuse a ainsi fini par ressembler à un travesti, ce qui lui a valu un amour inconditionnel des gays de l'époque bien lointaine de «La cage aux folles». Elle avait alors abandonné les couturiers de ses débuts (Jacques Estérel, Pierre Balmain, Nina Ricci, Loris Azzaro...) pour les costumiers d'un «music-hall» brillant de ses derniers feux. Le style Casino de Paris ou Folies-Bergères restait vivant vers 1975. Michel Fresnay lui dessinait des projets exécutés par quantité d'arpètes sous la direction de Mine Barral Verger, dont l'atelier existe du reste toujours.

Du côté du cinéma 

C'est bien sûr cette époque qui se voit le plus largement représentée au Palais Galliera. Le public peut ici non seulement voir, mais entendre. Les archives TV ont livré des extraits des très nombreuses émissions de TV auxquelles Dalida a participé. Entourée de «boys», elle y chante (en «play-back»?) des airs ne brillant pas par la qualité de leurs paroles. Les organisateurs auraient pu prévoir une bande un peu plus longue. Plus fournie. Plus diversifiée. J'avoue avoir failli craquer la cinquième fois que j'ai entendu «Laissez-moi danser». Il faut dire en confidence que Dalida m'a toujours laissé assez froid. Question d'affinités. Je ne peux pas dire avoir été convaincu après l'avoir entendu «pour de vrai». Sur scène. Mais avec trop de sonorisation. 

Les dernières salles se voient vouées au années 1980 et au cinéma. Dalida adopte à cette époque les épaules carrées en vogue. Elle se vêt en Jean-Claude Jitrois, avec beaucoup de cuir plissé. En Cacharel aussi, ce qui l'adoucit un peu. Le dernier espace de Galliera présente donc l'actrice. Un emploi qu'elle aura rarement tenu, même si sa carrière a démarré dans les studios du Caire, suractifs dans les années 1950. Les extraits proposés sont rarement tirés de chefs-d’œuvre, même si la vedette aurait pu prendre un nouveau souffle après le très dramatique «Le sixième jour» de Youssef Chahine en 1986. Disons que le tout fait très daté, de «Rapt au Deuxième Bureau» (1958) à «Parlez-moi d'amour» (1961) en passant par «L'inconnue de Hong-Kong» (1963). Dalida était une vedette populaire. Elle n'avait pas l'étoffe d'une star. Du moins sur grand écran.

Pratique

«Dalida, Une garde-robe de la ville à la scène», Palais Galliera, 10, rue Pierre Ier de Serbie, Paris, jusqu'au 13 août. Tél. 00331 56 52 86 00, site www.palaisgalliera.patris.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Photo (Palais Galliera, Paris): La robe rouge de Jean Desssès, créée en 1957.

Prochaine chronique le mercredi 24 mai. Beaubourg se penche sur le photographe américain Walker Evans.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."