Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Musée Dapper présente ses chefs-d'oeuvre de l'art africain

Crédits: Musée Dapper, Paris

Créé en 1986, le Musée Dapper a d'abord occupé un immeuble de l'avenue Victor-Hugo. Le public traversait en fait ce dernier, marchait dans le petit jardin et accédait enfin à un second bâtiment, plutôt petit. L'institution privée comportait beaucoup d'étages, et donc d'escaliers, mais c'était un lieu magique. Son fondateur Michel Leveau a ensuite vu plus grand. Il a réaménagé le rez-de-chaussée et un étage d'une maison située non loin de là, rue Paul-Valéry. Toute fascination a alors disparu. Il s’agissait désormais d'un musée comme les autres. Avec des merveilles de l'art africain, cependant. Mort en 2012 à 82 ans, le milliardaire Leveau, qui avait fait sa fortune dans les mines gabonaises, collectionnait avec passion. 

L'homme s'abreuvait aux meilleures sources. Il suffit de voir aujourd'hui «Chefs-d’œuvre d'Afrique», que propose comme commissaire sa jeune veuve Christiane Falgayrettes-Leveau. Ce n'est cette fois non pas une exposition thématique, comme le lieu les affectionne en multipliant les emprunts, mais un «best of» du fonds. Beaucoup de pièces ont ainsi appartenu à de célèbres amateurs du XXe siècle, dont Charles Ratton (qui était aussi marchand), Hubert Goldet ou Paul Guillaume (le grand galeriste des annés 1910-1920). Certains étaient des artistes contemporains. Je me contenterai de citer le photographe Alfred Stieglitz (par ailleurs également galeriste à New York) ou le sculpteur Jacob Epstein.

Un ensemble très varié 

Il y a ainsi aujourd'hui, sur deux étages, environ 130 pièces, provenant toutes d'Afrique noire. Le visiteur éprouve une impression de diversité tant les cultures proposées se révèlent différents. Les têtes Akan en terre cuite relèvent de l'archéologie, bien qu'elles datent du XVIIe ou du XVIIIe siècle. Les autres sont plus récentes, même si Michel Leveau accordait un grand prix à l'ancienneté de ses acquisitions. «Certaines sont uniques, telles les sculptures du Gabon (Fang, Kota, Punu), du Cameroun (Bangwa) du Bénin (Fon) ou encore du Mali (Dogon, Soninke)», précise le petit guide. Il y a même là du pré-Dogon, avec une statuette de bois dont l'analyse a prouvé qu'elle remontait au XIe siècle. C'est une petite sœur du sommet pré-Dogon (ou Tellem) offert par une méga-entreprise au Musée du Quai Branly au moment de son ouverture en 2006. 

Tout cela ne fait pas une exposition, bien que je sois content d'avoir revu le minuscule appuie-tête Zeke-Mfinu, aux allures d'idéogramme chinois, servant depuis l'origine d'emblème au musée. Le Musée Dapper en reste au niveau de l'anthologie ou, comme on dirait au Musée Barbier-Mueller de Genève, des «fleurons». Il y a là des pièces magnifiques. La présentation reste assez moyenne. On a un peu l'impression que cette institution privée, qui a pris de plein fouet la concurrence nationale du Quai Branly, quête son second souffle.

Pratique 

«Chefs-d’œuvre d’Afrique,» Musée Dapper, 35bis, rue Paul-Valéry, Paris, jusqu'au 17 juin. Tél. 00331 45 00 91 75, site www.dapper.fr Ouvert tous les jours, sauf le mardi et le jeudi (il n'y avait naguère qu'un seul jours de fermeture) de 11h à 19h.

Photo (Musée Dapper): La tête qui fait l'affiche de l'actuelle exposition.

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