Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le magasin Colette fermera en décembre. C'est la fin d'une époque

Crédits: Colette, Paris

C'est un coup de tonnerre dans le ciel bleu de l'été. Ne riez pas! Pour certains, il s'agit vraiment d'un événement. Tout le monde n'a ni le sens, ni le goût des tragédies planétaires. Or donc, Colette fermera ses portes à Paris le 31 décembre. Ce sera la fin d'une aventure de vingt ans, menée par Colette Roussaux et sa fille Sarah Andelman. La disparition du 113, rue Saint-Honoré va bouleverser la vie du quartier. Ce n'est pas Balenciaga, installé juste en face dans un ancien garage, qui animait l'arrondissement mais bien cette boutique de 700 mètres carrés répartis sur trois étages, où tous les snobismes semblaient permis. Je me souviens d'avoir vu, fin décembre 2016, une telle foule, canalisée par des policiers, que j'avais eu une impression d'un attentat commis en ces lieux. Erreur! Les clients attendaient devant la porte. Certains Japonais étaient en plus là juste pour photographier les vitrines, d'où l'effet de masse. 

Colette avait été imaginé en 1997 par les deux femmes à la jonction entre la mode, la technologie, la musique et de la diététique, d'où le fameux «bar à eaux» aux produits ruineux. Du reste, tout est, ou plutôt était cher chez Colette, dont les prix allaient des riens à 30 euros aux montres à 70 000. L'idée était qu'il fallait se ruer sur l'occasion. Sélectionnés pour leur inventivité ou leur nouveauté par des détecteurs de tendances, les marchandises étaient là en quantité limitée. Colette ne réassortissait jamais. D'où une frénésie de consommation chez une clientèle jeune ou se croyant encore telle. Rien ne faisait plus friqué, mais de manière inavouée, que le public de Colette.

Le goût des années 2000 

Dans le décor créé par Arnaud de Montigny, la présentation changeait toutes les semaines. Il s'agissait de refléter le goût de l'instant, même si ce goût pouvait paraître sacrément mauvais. J'ai ainsi vu quantité d'horreurs s'arracher devant un personnel décoratif, mais inefficace. On n'avait jamais l'impression d'être servi chez Colette. Les gens adoraient ça, d'ailleurs. La presse, surtout anglo-saxonne, en faisait ses choux gras. «So french». Le magasin aura incarné les années 2000, avec leur vulgarité et leur argent parfois facile. La rue Saint-Honoré reste une artère où l'on voit des filles, russes, américaines ou hispaniques, faire du «shopping» toute la journée avec des cartes de crédits magiques Gold.

Pourquoi le magasin va-t-il fermer? Par lassitude. Colette avait envie de partir en beauté. Les affaires marchaient toujours du tonnerre de Dieu. Vingt-huit millions de chiffre d'affaires pour le seul exercice 2016. Reste le lieu à remplir et le personnel (environ 110 personnes), qui se retrouve sans emploi. Des négociations seraient en cours pour le tout avec Yves Saint Laurent. Elles devraient aboutir. Ce ne sera plus la même chose. Une marque remplacera une myriade de produits bizarroïdes sélectionnés un peu partout dans le monde. Et puis, soyons justes. Le ressort semble un peu cassé chez Saint Laurent depuis la mort d'YSL.

Photo (Colette, Paris): Le T-shirt vendu à prix d'or dans le magasin après le braquage qu'il a subi en 2012.

Texte intercalaire.

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