Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Luxembourg présente "Pissarro à Eragny". Un succès public

Crédits: Musée du Luxembourg

Rouvert en février 2011 comme une antenne de la Réunion des Musées nationaux (RMN) avec une exposition Lucas Cranach, le Luxembourg développe depuis une politique grand public. Après Fantin-Latour, dont la rétrospective se retrouve aujourd'hui à Grenoble, voici Camille Pissarro. Mais pas n'importe quel Pissarro! Les commissaires Richard Brettell et Joachim Pissarro (1) se sont concentrés sur son séjour à Eragny, qui aurait eu pour l'impressionniste la même importance que celui de Giverny chez Monet. 

C'est en 1884 que l'artiste, alors âgé de 54 ans, découvre Eragny-sur-Epte. Il lui faut une maison-atelier à un prix abordable. Sa peinture ne se vend pas bien et son épouse attend leur huitième (et dernier) enfant. La demeure élue donne sur une prairie et des champs. Jamais l'homme n'aura les moyens (ni sans doute l'envie) de transformer cette nature authentique en paradis, comme Monet avec ses bassins aux nymphéas. L'homme restera là jusqu'à la fin de ses jours, survenue en 1903. Avec quelques sorties, tout de même. On connaît ses tableaux de rues parisiennes comme ses paysages urbains de Rouen.

Vues de village 

L'exposition se concentre sur ce refuge agreste, dont son fils Lucien reprendra le nom lorsqu'il fondera Eragny Press en Angleterre. Lucien se voit du reste associé à l'exposition. Normal pour un bon clone pictural de son paternel, car Lucien peignait aussi. Le Luxembourg peut ainsi accumuler les vues de village, les travaux des champs et tout de même quelques figures. Sympathisant des mouvements anarchistes, Camille Pissarro s'est en effet intéressé à la vie paysanne, présentée sous un jour réaliste. Il n'en s'agit pas moins d'impressionnisme, avec ce que cela suppose de papillotements colorés. Durant quelques années, sous l'influence du jeune Georges Seurat, n'en a pas moins pratiqué un pointillisme plus orthodoxe. 

Il y avait trente-six ans que Paris n'avait pas voué de grande rétrospective à Pissarro. Celle du Grand Palais m'avait considérablement ennuyé. L'effet se répète un peu au Luxembourg. Adoré des Anglo-saxons, l'artiste n'en reste pas moins mineur, et surtout répétitif. C'est toujours la même nature, dans des couleurs un peu décourageantes et sans aucun effet de cadrage. La manifestation n'en attire pas moins un public monstre. Sans mon sésame journalistique, j'aurais dû attendre près de deux heures avant d'entrer.

Une demande satisfaite 

Comment expliquer la chose? Le Luxembourg a su satisfaire une demande. C'est celle de dames plus toutes jeunes qui veulent occuper un bout d'après-midi, une annexe du salon de thé Angelina étant plantée devant le musée. Il leur faut un art pas trop intellectuel, demandant une culture minimale, ne dérangeant personne et renvoyant à un passé supposé plus heureux. Un art devant lequel on puisse gentiment bavarder. Si possible d'autre chose. 

Le Luxembourg ne reste pas le seul à convoiter un tel public. C'est le cas de Marmottan, qui propose comme par hasard en ce moment une autre exposition Camille Pissarro, de Jacquemart-André et des musées Maillol ou Bourdelle. Le second nommé offre aujourd'hui les tableaux collectionnés par la milliardaire espagnole Alicia Koplowitz, qui ce fait rêver de réussite au féminin. Le troisième présente l'histoire des galeristes (spoliés) Rosenberg, racontée par leur descendante Anne Sinclair. L'histoire devient du coup «people». Quant au quatrième, il se penche sur la haute couture (effectivement sublime) de Cristobal Balenciaga. Avec ça, pas besoin de pub'! Le bouche à oreille suffit. Là aussi, il faut attendre deux heures.

(1) Joachim Pissarro, un descendant, fut il y a longtemps (1993-1994) un éphémère directeur de l'Hermitage à Lausanne.

Pratique

«Pissarro à Eragny, La nature retrouvée», Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, Paris, jusqu'au 9 juillet. Tél.00331 40 13 62 00, site www.museeduluxembourg.ch. Ouvert de 10h30 à 18h du lundi au jeudi, de 10h30 à 19h du vendredi au dimanche.

Photo (RMN, Musée du Luxembourg): L'un des paysages de Camille Pissarro présentés au Luxembourg.

Texte intercalaire.

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