Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Louvre rouvre ses salles de peinture française du XVIIe siècle

Crédits: Musée de Louvre

Six ans! Il aura fallu six années pour rafraîchir et climatiser les salles de peinture française du XVIIe siècle au second étage du Louvre, en les dotant d'un double escalier de sécurité les reliant au Département des objets d'art. Il semble permis d'estimer que c'est long. Trop long. Napoléon III a entièrement construit son nouveau palais, dont l'actuelle Grande Galerie, entre 1853 et 1857. La lenteur du chantier, qui coupait l'accès direct à nombre de salles non concernées, n'était d'ailleurs nullement prévue. Un avis, grossièrement modifié au stylo au fil du temps, annonçait au public une réouverture en 2013, 2014, puis 2015. 

C'est finalement le 9 novembre 2016 que les visiteurs, devenus incrédules, ont à nouveau pu découvrir Philippe de Champaigne ou Charles Le Brun, les frères Le Nain et Georges de La Tour. Bien sûr, un «best of» avait été entassé dans d'autres lieux, comme c'est aujourd'hui encore le cas pour la peinture flamande et hollandaise du «Siècle d'Or». Certes encore, le public avait pu retrouver l'art français des années 1750 à 1850 courant 2015 déjà. Nouveau directeur du Département des peintures, Sébastien Allard s'était alors engagé à accélérer un chantier qui commençait à ressembler par son rythme à celui de la «Sagrada Familia» de Gaudi à Barcelone, ambitions esthétiques en moins.

Sur fond gris 

Le Louvre ayant annoncé pour le moins discrètement cette accessibilité renouvelée, les échos sont restés faibles. Il n'y a pas eu la même médiatisation que pour le parcours historique du Pavillon de l'Horloge (raté), les salles d'arts décoratifs français des XVIIe et XVIIIe siècles (moyennement réussies) ou la Petite Galerie (un échec total, à mon avis). Il faut dire que le public ne doit pas s'attendre à une métamorphose. A part le double escalier, dont l'audace architecturale n'éclipsera pas ceux des châteaux de Chambord ou de Blois (restons en France), il n'y a aucune modification visible, à part le gris taupe des murs. Nul n'a apparemment songé, et il n'y avait peut-être pas les moyens financiers à disposition, à arranger un peu ces espaces, inaugurés en 1993. Leur volume semble ingrat. L'éclairage demeure abominable en dépit de toutes les affirmations contraures de la direction. On aurait voulu tuer la peinture française du «Grand Siècle» qu'on n'aurait pas agi autrement. Avec de telles lumières, les tableaux ont en effet l'air morts. 

Il suffit de feuilleter son catalogue général. Le Louvre compte d'innombrables toiles de cette époque, parfois signées de noms inconnus ou alors restées anonymes. Manques picturaux. Gros trous. Certaines semblent en fort mauvais état, hélas. Y a-t-il eu parmi elles beaucoup de rentrées en grâce et par conséquent de remontées des caves? Hélas non! Dix ou vingt. Pas davantage, selon moi. Le visiteur retrouvera donc les mêmes peintures, pas toujours au même endroit, il est vrai. C'est un peu comme si les cartes avaient été partiellement rebrassées. La chose ne touche bien sûr pas le cycle de la vie d'Alexandre le Grand par Le Brun. Etalées, elles, sur fond rouge, ces gigantesques machines demeurent bien sûr inamovibles.

Une pluie de chefs-d'oeuvre 

Evidemment, il y a là une ruissellement de chefs-d’œuvre, même s'il a fallu se contenter de 250 pièces, les Claude Lorrain et la plupart des Poussin se trouvant ailleurs sur l'étage. La salle des tableaux d'autel s'est vue un peu repensée. A côté des Laurent de la Hyre ou des Michel Corneille l'Aîné, elle accueille désormais la magnifique (et énorme) «Crucifixion» de Nicolas Tournier, naguère égarée plus loin. Après «La Vie de saint Bruno», réalisée en une vingtaine de toiles par Eustache Le Sueur, il y a ce que les historien d'art nomment «l'atticisme parisien» (un classicisme très contraire au baroque romain). Avec quelques «nouveautés». Il a fallu trouver une place aussi bien à l'intention de la nature morte, genre alors très pratiqué en France, qu'à celle des peintres de la réalité (La Tour, Le Nain). Le tout sans oublier le décor de l'Hôtel Lambert, racheté par Louis XVI à la fin du XVIIIe siècle. Le nouvel accrochage semble ici plus clair et surtout plus complet. 

Peu de noms nouveaux émergent de ce parcours se terminant avec Pierre Mignard, Nicolas de Largillière ou Antoine Coypel. L'étude du XVIIe passionne pourtant bien davantage que celle du XVIIIe les actuels historiens d'art, de très nombreuses expositions ayant eu lieu sur le sujet en province depuis 2000. C'est donc hors de Paris qu'il faut partir découvrir des personnalités comme Jean-Baptiste de Champaigne, Nicolas de Plattemontagne, Jean Senelle, Adrien Sacquespée ou Louis Cretey. Il faut aussi dire que ces artistes sont surtout conservés dans les villes où il ont travaillé. Ce qui peut après tout sembler logique.

Autres chantiers 

Les chantiers du Louvre ne sont pas terminés. La première partie, des origines à Poussin, devrait entrer en travaux. Les espaces flamands et hollandais devraient, eux, redevenir visibles dans quelques jours alors qu'ouvrira (le 22 février) l'exposition «Vermeer et les maîtres de la peinture de genre» et celle des tableaux provenant de la collection néerlandaise de Thomas et Daphné Kaplan. Il reste par ailleurs bien d'autres transformations à envisager. Que pourrait-on par exemple faire des anciennes salles d'art islamique, vidées pour créer un nouveau département et qui restent dans le noir, comme en punition, depuis bien dix ans? Il serait peut-être temps d'y penser.

Pratique

Musée du Louvre, Paris. Tél. 00331 40 20 50 50, site www.louvre.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h à 18h, jusqu'à 21h45 les mercredis et jeudis.

Photo (Musée du Louvre): La "Réunion d'amis" d'Eustache Le Sueur pourrait symboliser la réouverture des salles de peinture française du XVIIe siècle.

Prochaine chronique le mardi 14 février. On veut aujourd'hui "vivre léger". Qu'est-ce que cela chage au goût?

 

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