Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Le Jeu de Paume rend hommage au photographe Eli Lotar

Crédits: Eli Lothar

C'est le dernier modèle masculin d'Alberto Giacometti, qui a fait de lui plusieurs bustes en 1965. Eli Lotar y a l'air du vieux monsieur qu'il n'était pas et qu'il ne deviendra jamais. Le photographe a 60 ans. Il mourra quatre ans plus tard (et donc trois ans après Alberto) en 1969. Il faut dire que le sculpteur, dont Lotar avait documenté le travail à l'Hôtel de Rive genevois fin 1944, avait repêché un «has-been» total. L'essentiel de l’œuvre de l'homme date d'avant 1935. 

Eliazar Lotar (ou Lothar) Teodorescu fait aujourd'hui l'objet d'une de ces rétrospectives dont le Jeu de Paume a le secret. Elles se déroulent au rez-de-chaussée, qui reste un espace assez petit. C'est là que les amateurs ont aussi bien pu revoir Diana Arbus qu'André Kertesz. Tourné ici vers la recherche photographique, le contemporain se loge à l'étage. Un étage assez peu visité. Il ne s'adresse pas au même public, et il existe pour cela la Maison européenne de la photographie (MEP), qui n'émarge il est vrai pas comme le bâtiment des Tuileries de l'Etat.

Un Roumain de Paris 

Lotar est né à Paris en 1905 de parents roumains. Il dispose donc d'un passeport français, ce qui lui simplifiera la vie lorsqu'il reviendra études faites de Bucarest en 1924. Le débutant se cherche alors. Il rencontre l'Allemande Germaine Krull, dont il devient le compagnon. C'est une photographe très engagée politiquement. Ils travailleront ensemble un peu dans le même style, avec une fascination assez semblable pour les constructions de fer symbolisant la modernité. Eli vivra ensuite avec la photographe polonaise Elisabeth Markovska. Paris forme alors la plus cosmopolite des villes. 

A la fin des années 20 et au début des années 30, Lotar travaille pour toutes les revues d'avant-garde, dont les prestigieux «Minotaure» et «Vu». Entre réalisme et surréalisme, son reportage sur les abattoirs de La Villette fait sensation en 1929. L'homme connaît par ailleurs tout le monde. Il est aussi bien lié à Jacques Prévert qu'à Roger Vitrac, à Antonin Arthaud qu'à Joseph Conrad. Il a un pied dans le cinéma documentaire avec des auteurs de gauche comme Henri Storck ou Joris Ivens. Il se devait ainsi de faire la Guerre d'Espagne, après avoir assisté Luis Buñuel sur le tournage de «La Hurdes» en 1933. Côté républicain, bien entendu.

Une carrière courte 

La suite reste modeste. Confidentielle. Il n'y a presque rien à citer, à part le court-métrage «Aubervilliers» de 1945, projeté en boucle dans un caisson au milieu de la dernière salle. Cette fois, le Jeu de Paume se révèle suffisant pour aller au bout de sa monstration et de sa démonstration. Circulez, il n'y a rien de plus à voir. C'était déjà curieusement le cas pour Germaine Krull, dont la carrière créative s'arrête également quelque part dans les années 1930. Il est permis de se demander ce qui s'est alors passé. L'exposition, qu'a préparée Damarice Amao, Clément Chéroux et Pia Viewing, ne semble pas chercher à y répondre. Lotar, dont il existe de fort belles images, aurait-il tout simplement été porté, puis emporté par l'air du temps?

Pratique 

«Eli Lotar», Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, jardin des Tuileries, Paris, jusqu'au 28 mai. Tél. 00331 47 03 12 50, site www.jeudepaume.org Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h. L'exposition se situe dans les 40 ans de Beaubourg, que l'on fête en 2017. Le Centre Pompidou détient en effet de très beaux tirages de Lothar depuis la donation de Jean-Pierre Marchand en 2009.

Photo (Elie Lotar): Un peu recadré, l'oursin qui fait l'affiche. L'image est un peu recadrée, ou plutôt aplatie.

Ce texte suit immédiatement celui sur l'exposition Richard Avedon à Paris.

Texte intercalaire.

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