Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/La Fondation Vuitton se penche sur l'art africain actuel

Crédits: Chéri Samba/Collection Jean Pigozzi, Genève

Changement de décor. Dans une Fondation Vuitton enfin débarrassée du pyjama pour éléphants que lui avait imposé Daniel Buren, la Russie de la collection Chtchoukine (1) a fait place à l'Afrique. Entre deux gros «coups» médiatiques, puisque le prochain sera dès le 11 octobre la présentation de 200 oeuvres (des chefs-d'oeuvre, bien sûr!) du Museum of Modern art de New York, l'institution privée, placée sous la direction artistique de Suzanne Pagé, a visé plus modeste. Plus instructif aussi, même s'il est bon d'amener à Paris les musées étrangers. Vuitton propose ce qui passe aujourd'hui pour «le grand atelier». Pour certains l'Afrique d'aujourd'hui offre en effet l'équivalent de la Florence d'hier. Si, si, je l'ai lu quelque part! Cela dit, la comparaison n'apparaît pas tout à fait fausse, même si c'est la concentration extrême qui a marqué la Renaissance en Toscane. Florence restait une petite ville vers 1450, alors qu'un continent, c'est par définition vaste.

La totalité du bâtiment biscornu dessiné par Frank Gehry se voit donc aujourd'hui consacré à l'événement. Celui-ci se décompose en trois. Il y a d'abord, dans un sous-sol décloisonné et aux murs peints de couleurs vives, la collection du Genevois d'adoption Jean Pigozzi, ou du moins une petite partie de ce fonds. Proposée sous le nom de «Les Initiés», elle se concentre sur quinze artistes dont l'amateur a acheté une bonne partie de la production entre 1989 et 2009. Il y a là des noms devenus célèbres, du peintre figuratif congolais Chéri Samba (2) au Béninois Romuald Hazoumé, qui crée des masques avec des matériaux de rebut. Cet ensemble, devenu presque historique, se voit complété au rez-de-chaussée et au premier par un panorama de la culture sud-africaine actuelle. Il y a là beaucoup de monde, représenté par des pièces volontiers spectaculaires. Le pays occupe de par son histoire une position particulière. Il y a ici des artistes Noirs et Blancs. William Kentridge, l'un des plus connus est ainsi un cinéaste d'animation blanc.

Vuitton collectionneur 

Vuitton collectionne aussi. Il lui fallait ses artistes exotiques. «L'Afrique et ses cultures sont aujourd'hui incontournables dans la constitution d'un paysage mondial», dit la brochure d'accompagnement. Le visiteur retrouve ici certaines gens vu(e)s ailleurs dans la maison. Il remarquera la présence du Genevois d'adoption Omar Ba. Dans le mesure du possible, ont été préférés des créateurs oeuvrant sur le Continent noir. La diaspora fait moins chic. Ici, près des voiles vitrées du toit, l'architecture de Gehry se fait peu pratique. Le visiteur cherche terriblement ses marques. L'Américain a créé un bâtiment tenant vraiment de la sculpture en plein air. Les commissaires ont dû s'adapter aux espaces, finalement très rigides. On n'en a pas fini avec les musées du XXIe siècle... 

Ce texte annonce un deuxième article sur Jean Pigozzi. Un excellent livre d'entretiens avec l'homme vient en effet de sortir parallèlement. Il n'y a pas de hasard. Je vous invite donc à le découvrir une case plus bas dans le déroulé de ce site. 

(1) Elle a reçu 1,2 million de visiteurs.
(2) C'était déjà la vedette de «Beauté Congo» à la Fondation Cartier (2015), pour laquelle Jean Pigozzi avait aussi beaucoup prêté.

Pratique

«Art Afrique, Le grand atelier», Fondation Vuitton, 8, avenue du Mahatma-Gandhi, Paris, jusqu'au 28 août. Tél. 00331 40 69 96 00, site www.fondationlouisvuitton.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 12h à 19h, jusqu'à 21h le vendredi, jusqu'à 20h les samedis et dimanches.

Photo (Collection jean Pigozzi): "J'aime la couleur" de Chéri Samba, 2003.

Ce texte est immédatement suivi d'un autre sur Jean Pigozzi.

Prochaine chronique le mercredi 21 juin. La peinture baroque italienne des collections royales espagnoles triomphe à Rome.

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