Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/La Fondation Vuitton accueillera le MoMA cet automne

Crédits: MoMA/Fondation Vuitton, 2017

La Fondation Vuitton, tout le monde finira par le savoir, a accueilli 1,2 million de visiteurs à Paris avec les «icônes» de la Collection Chtchoukine. Un record pour la capitale. Pour le moment, le musée privé table sur un public plus pointu. Il présente jusqu'au 28 août une partie de l'ensemble d'art africain contemporain formé par le Genevois d'adoption Jean Pigozzi. Cela dit, la création actuelle du Congo avait réussi commercialement il y a quelques années à la Fondation Cartier. 

Il fallait donc frapper un grand coup. Il y a quelques jours, la fondation créée par Bernard Arnault a conclu un accord avec le Museum of Modern art de New York. Créé en 1929, juste avant la Grande Crise, ce dernier possède des collections richissimes ne cessant de s'accroître, en partie pour raccorder avec le temps présent. La Fondation Vuitton lui empruntera 200 œuvres, dont certaines inédites en Europe. «Etre moderne, le MoMA à Paris» aura lieu du 11 octobre au 5 mars 2018. Glenn D. Lowry se déclare ravi de l'opération. Le directeur de l'institution (elle aussi privée) new-yorkaise pense en effet que la diffusion fait partie de ses missions.

De Cézanne à nos jours

Qu'y aura-t-il? Un peu de tout, comme dans les grands magasins. L'itinéraire partira de Cézanne pour aller jusqu'à Shigetaka Kurita en passant par Klimt, Duchamp, Jasper Johns ou Frank Stella. Des vitrines contiendront du matériel documentaire, rarement montré sur place. Il faut dire qu'il s'agit là d'un goût plutôt européen, initié depuis son ouverture en 1977 par le Centre Pompidou. Pour Suzanne Pagé, ex-tête du Musée d'art moderne de la Ville de Paris et aujourd'hui directrice artistique de Vuitton, l'exposition constitue un «privilège». 

Je quitte ici les fleurs de rhétorique de ma consœur du «Figaro», toujours prête à manier l'adjectif flatteur, pour m'interroger. Faut-il de ces méga-expositions? Eh bien oui, et si possible pas dans un musée public. Des tels accrochages pompent leurs finances, absorbent leurs énergies et créent d'abominables bouchons. Il suffit de rappeler la catastrophe Vermeer au Louvre. La Fondation Vuitton ne montre pas de collections permanentes intéressant d'autres amateurs. Elle sait s'organiser. Il lui est possible de gérer des flux, comme on dit de nos jours. Libre des entraves étatiques, elle accomplit un travail de «pro». Il n'en demeure pas moins qu'en France, on demande en 2017 au Louvre ou à Orsay de s'autofinancer, autrement à dit à rentabiliser des institutions devenues très lourdes... Comment ménager la chèvre et le chou?

Photo (MoMA): Le célèbre «Portrait de Félix Fénéon» de Paul Signac sera du voyage.

Texte intercalaire.

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