Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/La Biennale montre les collections inédites des Barbier-Mueller

Crédits: DR

Le décor est rouge et noir, comme un roman de Stendhal. Aux extrémités de la nef du Grand Palais, La Biennale Paris rend hommage aux Barbier-Mueller pour leurs «110 ans de passion». Le projet remonte à l'année dernière, mais il a changé de perspective. Né dans l'enthousiasme du bouquet d'expositions à créer en 2017 pour marquer les quarante ans du musée privé genevois, il a pris un aspect à la fois rétrospectif et prospectif. Comme l'explique Monique, sa veuve, dans le catalogue: «Jean-Paul nous a quittés le 22 décembre 2016, nous laissant interdits devant cette perte. Il a fallu réfléchir à ce que représentait ce musée.» 

La réponse se trouve dans les deux pavillons rouges et noirs. Ont été ici regroupées de œuvres appartenant à nombre de membres de la tribu. Certaines proviennent bien sûr le l'institution de la rue Calvin, ou plutôt de ses réserves. D'autres ont été collectionnées dès avant 1914 par Josef Müller. Mais de nombreux ajouts rendent la chose bourgeonnante, le bourgeon étant un signe de renouveau. Je commencerai avec les achats de Monique Barbier-Mueller, intéressée principalement par l'art moderne, ce qui ne l'empêche pas de montrer un portrait de sa tante Gertrud par Ferdinand Hodler. J'ai noté évidemment ici une sculpture céramique de Jeff Koons comme d'étranges tableaux signés d'un certain Gilles Barbier. Aucun rapport avec la famille. Une simple coïncidence...

Du Japon au XVIIIe siècle 

Les choses ne s'arrêtent pas là. «Notre couple a eu la chance d'avoir trois fils qui ne cessent de me surprendre car chacun fait prouve d'une personnalité bien affirmée, tout en suivant une conduite différente.» Le public connaît bien l'ensemble martial formé par Gabriel, l'aîné, et son épouse Ann. Les armures japonaises, qui ont leur musée à Dallas, ont notamment été vues dans celui du Quai Branly. De Stéphane, on connaissait les monnaies royales françaises en or. Voici l'un de ses portraits du XVIIIe siècle, signé Elisabeth Vigée-Lebrun. Thierry sort un peu du bois, avec des créations contemporaines. Je me contenterai de citer une grande toile de Georg Baselitz. 

Si Monique Barbier-Mueller, dans son texte, garantit la pérennité de l'institution ouverte en 1977, «dont l'activité prendra forcément un caractère différent», elle n'y évoque pas ses petits enfants. On a naguère vu rue Calvin les minéraux assemblés par un fils de Gabriel. Il y a cette fois dans une vitrine, à côté des ouvrages bibliophiliques anciens regroupés par Jean-Paul Barbier-Mueller, ceux qu'a choisis Diane, dont un rare Molière publié du vivant de l'auteur en 1663. Ici, la continuité semble immédiate, même si la diversité devient de mise. «Chacun se laisse entraîner à d'autres acquisitions, pas toujours raisonnables, mais qui se justifient par une perception encore indistincte d'un besoin à venir.» Il faut donc voir l'actuelle et éphémère présentation du grand Palais comme de «nouveaux aspects de l'orientation du musée.»

Scénographie un peu pauvre 

L'ensemble se révèle somptueux. Le visiteur est ravi de revoir certains des icônes du musée, du plat anthropomorphe des îles Fidji au célèbre objet fétiche clouté du Congo. Ces chefs-d’œuvre auraient cependant mérité davantage de soins, même pour une présentation aussi éphémère. La mise en scène ne possède pas l'éclat auquel est habitué le public de la rue Calvin. Quant aux éclairages, ils ne mettent guère en relief la beauté et la magie des pièces retenues. Parler de «mise en lumière» n'est pas un vain mot.

Pratique 

"La Biennale Paris", Grand Palais, 3, avenue du Général-Eisenhower, Paris, jusqu'au dimanche 17 septembre. Ouvert de 11 h à 21h, le jeudi 14 septembre jusqu'à 23h.

Photo (DR): Une tête de bronze romaine. L'archéologie est aussi un goût de la famille.

Ce texte est immédiatement suivi d'un compte-rendu du livre de Monique Barbier-Mueller sur sa tante Gertrud Dübi-Müller.

Prochaine chronique le samedi 16 septembre. Biennale, suite et fin.

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