Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/L'Orangerie montre les tableaux modernes d'un musée privé de Tokyo

Crédits: Bridgestone Museum of Art

Je ne sais pas si vous vous rappelez les années 1980? Vous n'étiez évidemment pas tous nés. Et bien, en ces temps préhistoriques, les Japonais raflaient tout ce qu'il y avait de plus cher sur le marché de l'art. Le contemporain intéressait alors peu de monde. Le nec plus ultra (je ne sais pas comment on dit nec plus ultra en japonais) restait donc pour eux les impressionnistes et leurs successeurs immédiats. Haro sur le Renoir, le Picasso bleu ou le Van Gogh.

Tout cela a fini en 1989-1990 par une crise économique mondiale, dont les Nippons ne se sont pas encore tout à fait relevés. Certaines œuvres, voire des musées entiers ont du reste été vendus pour créer des liquidités. Ce n'est pas le cas du Bridgestown Museum of Art, qui a débarqué début avril 2017 à l'Orangerie des Tuileries. Les Parisiens peuvent ainsi voir au sous-sol, sous les «Nymphéas» de Monet, une soixantaine d’œuvres provenant de cette institution privée aujourd'hui en pleins travaux. Commencé en compagnie des Japonais occidentalisés des années 1880 à 1910 (de Takeji Fujishima à Hanjirô Sakamoto), le parcours conduit le public jusqu'aux années 1960. Il y a là les achats de trois générations.

Des usines de pneus 

Tout commence pendant l'ère Meiji (1868-1912) qui voit le Japon s'ouvrir et se moderniser à une vitesse presque inquiétante. Shôjirô Ishibashi (soit «pont de pierre», d'où le nom de Bridgestone pour la fondation) reprend l'atelier de confection familial. Il le transforme progressivement en usine de caoutchouc fabriquant des pneus. Né en 1889, l'homme commence par décorer de peintures sa villa moderniste. Puis, à force d'acquisitions, il se sent incité à créer un musée dont s'occuperont plus tard, avec des goûts différents ses fils et petit-fils Kan'ichirô et Hiroshi. Le premier des deux aimait beaucoup la peinture abstraite de années d'après-guerre, qui culmine alors au Japon avec Kazuo Shigara et le groupe Gutaï. 

Si l'aspect asiatique du parcours (où se retrouve inclus le très européanisé Foujita) peut surprendre, le reste n'a pas un cheveu qui dépasse. Il y a là tout ce qu'il faut avoir, au risque d'une certaine impersonnalité. Aucune surprise, de la fillette de Renoir à la «Montagne Sainte-Victoire» de Cézanne, en passant par «Le jeune paysan» de Modigliani. Notons que ce dernier tableau a appartenu au marchand Paul Guillaume, dont la collection de la veuve Domenica est précisément à l'origine de l'Orangerie. C'est en général très bien, mais on aurait tout de même aimé un grain de folie. Je dirai cependant que le «Saltimbanque aux bras croisés» (en rouge) de Picasso, réalisé en 1923, se révèle particulièrement beau. Bref, on s'ennuie un peu, mais c'est un ennui de qualité.

Pratique

«Tokyo-Paris, Chefs-d’œuvre du Bridgestone Museum of art», Musée de l'Orangerie, jardin des Tuileries, Paris, jusqu'au 21 août. Tél. 00331 44 50 43 00, site www.musee-orangerie.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h à 18h.

Photo (Brigestone Museum of Art): De Cézanne, le musée privé japonais détient aussi cet autoportrait.

Texte intercalaire.

 

 

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