Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/L'Ecole des beaux-arts se transformerait partiellement en musée

Crédits: Ecole nationale supérieure des beaux-arts

On en parle. Je l'ai en tout cas lu le 28 janvier dans «Le Figaro», qui reste le quotidien national français le plus enclin à suivre ce qui se passe en matière d'arts plastiques. L'Ecole nationale supérieure des beaux-arts (ENSA), qu'il conviendrait par ailleurs de ré-appeler les Beaux-Arts, se transformerait partiellement en musée. «L'appellation Musée de France devrait pour cela être accordée à l'institution cette année.» Ce lieu, dont le parcours serait défini grâce au mécénat de Jonathan KS Choi, n'a pas encore trouvé de nom précis. 

Que comporterait-il? Je reprends ici l'article d'Eric Bietry-Rivière. Le public entrerait (j'aime bien le conditionnel) côté Seine, au 13, quai Malaquais. «A l'intérieur, la grande salle Melpomène constituerait le cour du circuit.» Elle se trouve aujourd'hui en travaux, comme l'ont été les fragments de façades, provenant des châteaux Renaissance d'Anet et de Gaillon, qui ont retrouvé bonne mine dans la cour de la rue Bonaparte. Chez Melpomène (qui était, je le rappelle, la muse du chant et de l'harmonie musicale chez les Grecs), des ouvriers reprennent aujourd'hui les murs, tandis que d'autres posent un parquet en losanges à l'ancienne.

La chapelle de la Reine Margot 

Et après? Eh bien, un escalier permettra (je passe au futur, soyons optimistes) de passer dans l'ex-église de Petits-Augustins. C'est là que se trouvent, jusqu'ici bien embrumées, les copies d’œuvres du XVIe siècle italien et les moulages de statues. Rappelonsc ce que ne fait pas "Le Figaro", qu'il s'agit d'un lieu historique. Ce fut la chapelle du palais construit par la Reine Margot après son retour dans la capitale, vers 1595. C'est là aussi qu'Alexandre Lenoir a créé en 1795 son Musée des monuments français avec les œuvres qu'il était parvenu à sauver, non sans mal, sous la Révolution.

L'itinéraire ne s'arrêterait (je reviens au conditionnel) pas là. Il comporterait la cour de la rue Bonaparte. Espérons que le visiteur poussera sa curiosité plus avant. Il le peut déjà. L'immense cour couverte, créée par l'architecte Félix Duban au milieu du XIXe siècle est accessible. Une merveille de style pompéien, hyper-coloré, que l'on vient à nouveau de rafraîchir. La mauvaise habitude prise de le louer (fort cher) pour des défilés de mode met ce hall à mal. Les déménageurs manifestent une fâcheuse propension à en érafler les murs.

Une école et un parimoine 

C'est non loin de là que se trouve le Cabinet Jean-Bonna, offert par le Genevois, servant à des présentations de dessins (quatre par an), historiques ou non. C'est d'ici qu'on monte aussi à l'amphithéâtre, actuellement en chantier grâce à l'argent de Ralph Lauren. Il y a là l'immense peinture de Paul Delaroche évoquant l'histoire de arts. Soixante-quinze personnages grandeur nature. Cet hémicycle devrait également retrouver le «Romulus vainqueur d'Acron» d'Ingres, peint en 1812 et déposé au Louvre en 1969. 

Pourquoi se donner tout ce mal? Parce que les Beaux-Arts constituent à la fois une collection historique et un lieu d'enseignement contemporain, destiné à 600 élèves environ, recevant là une formation de type BAC + 5. C'est un peu comme si, à Genève, la HEAD abritait le Musée d'art et d'histoire. L'Ecole possède entre 400 000 et 450 000 pièces (les chiffres varient) en tenant compte des gravures, dessins, photos et manuscrits. Plus des tableaux, parfois dus à Poussin, David, Boucher ou à tous les gagnants des Prix de Rome du XIXe siècle (1).

Problèmes de direction 

La chose a beaucoup gêné certains directeurs de l'institution, surtout après la réforme de 1968, menée par André Malraux. Il y a certes eu sous le règne d'Henry-Claude Cousteau (2000-2011) de superbes expositions historiques, mais son successeur y a mis le holà. La crise a en effet atteint des sommets pendant l'exercice de Nicolas Bourriaud, qui s'est mis à dos aussi bien les conservateurs que ses élèves. On sait que la chose a fini par son renvoi, l'homme finissant recasé à La Panacée de Montpellier. Là, évidemmennt, c'est moi qui parle. On reste lisse au "Figaro".

Jean-Marc Bustamante, qui lui a succédé en novembre 2015, se montrerait-il plus conciliant? Cela reste à voir. L'artiste, photographe, puis peintre et enfin peintre-photographe, n'a rien du perdreau de l'année. Il est né en 1952. Il s'agit bien évidemment d'un partisan du contemporain. C'est aussi d'un notable, occupant depuis décembre 2016 le fauteuil laissé vide par Zao Wou-Ki à l'Académie des beaux-arts. L'homme poursuit par ailleurs sa carrière d'artiste, un peu de série B, même s'il expose parfois en Italie ou en Allemagne. Il connaît bien les Beaux-arts pour y enseigner depuis 1996. Il devrait donc en apprécier le patrimoine, même s'il a fallu à la conservatrice Emmanuelle Brugereolles chercher refuge l'an dernier à l'Institut Custodia tout proche, afin de montrer des dessins du XVIIIe siècle du fonds français sous le titre de «De l'alcôve aux barricades».

Espaces sous-employés 

Pour Bustamante, parlant du «Figaro», les travaux d'entretien et de réfection étaient importants. Tout a été remis en état, avec des reprises à l'identique au besoin. «On va également s'occuper des statues, comme des copies des bas-reliefs du Parthénon». Là, au moins, la position a bien changé depuis la table rase de 1968. L'Etat finance tout. Pour ce qui est de la Salle Melpomène, le Toulousain parle juste d'expositions. Sans précision. Seront-elles ou non patrimoniales? Mystère. Je précise cependant que les immenses salles Napoléon III, dans le beau bâtiment du quai Malaquais ajouté à l'arrière de la chapelle, restent aujourd'hui sous-occupées. Elles ne servent guère que pour la présentation ponctuelle des travaux des lauréats primés «avec félicitations du jury». 

Je terminerai en disant ici que les jurés se montrent parfois aussi déchirés que les directeurs des Beaux-Arts, pris entre le musée et un enseignement qui s'est par ailleurs longtemps voulu anti-académique. Les avant-gardes ont été durant des décennies favorisées à mort par les professeurs et les examinateurs. Les prix donnent aujourd'hui dans un éclectisme de bon ton. Aux côtés de la vidéo ou d'installations, la peinture a opéré sa réapparition. Il faut dire que parmi les professeurs, dont fait partie Giuseppe Penone, il y a François Boisrond, Jean-Michel Alberola ou Philippe Cognée. 

(1) Un patrimoine sur lequel le Louvre, de l'autre côté de la Seine, a souvent lorgné. Son ex-directeur Pierre Rosenberg prône depuis longtemps en revanche un musée au Beaux-Arts indépendant.

Photo (Ecole nationale supérieure des beaux-arts): La cour pompéienne couverte de Félix Duban, qu'il est déjà permis de visiter.

Prochaine chronique le samedi 4 février. Les avant-gardes russes des années 1950 à 2000 au Centre Pompidou. Un don trop discret.

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