Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Gehry relookera un musée abandonné pour Bernard Arnault

Crédits: Frank Gehry/LVMH

Il y avait du beau linge, comme aurait dit ma grand-mère. Le gouvernement et la Ville socialistes étaient au garde-à-vous devant Bernard Arnault, présenté comme un nouveau Père Noël pour Paris. Aux côtés de François Hollande, les assistants remarquaient Audrey Azoulay, Ministre de la culture, Ségolène Royal, Ministre de l'environnement et ex-compagne du président, Anne Hidalgo, Maire de Paris (dont elle laisse par ailleurs tomber les monuments anciens en ruine) et bien sûr Frank Gehry. Après la Fondation Vuitton, l'architecte américain (88 ans) va s'attaquer à l'ex-Musée des Arts et traditions populaires (ATP), situé juste à côté. 

L'ATP constituait l'exemple même d'un échec, lié à l'indifférence grandissante du public face aux vieux rouets, aux machines anciennes et aux terroirs. Le bâtiment avait été inauguré en 1972 à côté du Jardin d'acclimatation. Il s'agit, selon l'article du «Monde», d'un «monolithe épuré». Je parlerais plutôt, à propos de ce machin brutaliste, d'immonde verrue. Trois architectes en portaient la culpabilité. Jean Dubuisson était assisté de Michel Jausserand et d'Olivier Vaudou. Thomas, le fils du premier, assistera du reste Gehry lors de la future réfection. On sait à quel point les architectes sont devenus chatouilleux sur la notion de droit d'auteur, surtout quand elle peut rapporter de l'argent. Ces messieurs-dames ont le procès facile, surtout quand le propriétaire est une collectivité publique.

Un public disparu 

C'est Georges-Henri Rivière qui avait conçu la présentation des collection. A l'ouverture, il y a avait 200 000 visiteurs par an. En 2004, ils n'étaient plus que 20 000, d'où une fermeture assez piteuse de l'institution en 2005. Les objets ont été transportés depuis au Mucem de Marseille, où ils passeront sans doute le reste de leur vie dans des caisses. L'édifice se voyait abandonné sans entretien à son sort. J'en espérais ouvertement la démolition. Seulement voilà! Le site est classé. On ne peut pas détruire, ni vendre, ni changer l'affectation culturelle des lieux. La proposition de Bernard Arnault, déjà concessionnaire du terrain de la Fondation Vuitton et du Jardin d'Acclimatation, tombait donc à pic. Ghery restaurera et modifiera profondément, mais avec l'accord de tout le monde. Les travaux, estimés à 158 millions d'euros, ne coûteront pas un centime à l'Etat. 

Et que fera le milliardaire de ce nouveau jouet? Un lieu destiné à l'artisanat d'art, qu'il s'agit aujourd'hui de relancer. Et cela d'autant plus qu'il forme l'antithèse de l'actuelle robotisation galopante. Il y aura des salles, des ateliers et des formations. Ouverture probable en 2020 sous le nom de «Maison LVMH-Arts-Talents-Patrimoine». On peut penser à une sorte de pendant privé des Gobelins, où travaillent pour l'Etat toutes sortes d'artisans de très haut vol (1). Il ne s'agira donc pas d'un musée de plus, comme celui que projette pour 2018 François Pinault dans l'ancienne Bourse du Commerce, elle-même ex-Halle aux blés. Une transformation de l'architecte star Tadao Ando. On connaît la bataille d'ego(s) entre Pinault et Arnault..

Le chantier de La Samaritaine 

Ceci n'est bien sûr pas tout! Après des années de batailles juridiques et de trafic (légaux, hélas...) d'influence, Bernard Arnault mène a bien la rénovation des grands magasins de La Samaritaine, eux aussi fermés en 2005. Anne Hidalgo, qui en bonne socialiste fraie beaucoup avec les riches, était souvent intervenue comme Maire de Paris. Il s'agit là d'un chantier encore plus gros: 500 millions d'euros. Le désaccord touchait la rue de Rivoli. Il fallait raser nombre de maisons du XIXe, plus quelques-autres, remontant sans doute au XVIIe siècle, dans une vieille rue perpendiculaire. La bataille patrimoniale a d'autant plus fait rage que le projet de l'agence japonaise Sanaa (auteure du Louvre de Lens) était vue comme la destruction d'une perspective haussmannienne. Une façade rideau de verre ici, vous n'y pensez pas! 

Finalement, la modernité et l'argent l'ont emporté, avec quelques concessions de détail. Les travaux avancent. Assez lentement, je dois dire, ppur jeter de temps un regard derrière les palissades. Ils seront aussi largement patrimoniaux. Il s'agit de sauver et de restaurer les édifices 1900 de Frantz Jourdain, aux structures métalliques imposantes et aux façades en carreaux de faïence jaune particulièrement séduisantes. Il faudra également réhabiliter le lourd bâtiment Art Déco d'Henri Sauvage, en front de Seine. Plus l'ex Belle-Jardinière, grand magasin concurrent, incrusté au milieu de tout cela. Il y a donc du pain sur la planche. L'année d'ouverture reste donc dans un flou qui se veut très artistique.

(1) Il y aura cependant un restaurant panoramique de luxueux huitième étage. Je pense que l'idée vous dit quelque chose. Mais c'est une coïncidence. Tout se veut désormais tourné vers le luxe, et il en ira sans doute ainsi pour La Samaritaine, qui comportera un hôtel cinq étoiles.

Photo (Frank Gehry/LVMH): Le Musée des arts et traditions populaires, tel qu'il se verra "relooké".

Texte intercalaire.

 

 

 

 

 

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