Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Ed van der Elsken au Jeu de Paume. "La vie folle" des années 50

Crédits: Estate Ed van der Elsken/Musée du Jeu de Paume, Paris

Ce n'est pas tout à fait un inconnu, mais peu de gens connaissent sans doute Ed van der Elsken. Le photographe se retrouve à Paris, qu'il a fréquenté au début des années 50, grâce à une année franco-néerlandaise. Ce genre de jumelage sert un peu à ça. Il occupe le Jeu de Paume, aux Tuileries. L'homme y dispose du premier étage, ce qui contrevient aux usages. C'est normalement le rez-de-chaussée qui sert aux classiques du 8e art. Le volume de la présentation requerrait cependant davantage d'espace. Ed a donc tout le haut pour lui. 

Né en 1925, l'Amstellodamois (il est donc d'Amsterdam) a donné un travail fort dans les années d'après-guerre. Alors que régnait une photo humaniste plutôt optimiste et gentille, l'homme est «parti à la chasse», pour reprendre ses termes, dans les rues d'Amsterdam, puis de Paris et finalement de Tokyo. Il a également sillonné les routes d'Afrique, juste avant les indépendances. L'accrochage actuel fait la part belle à sa série «Une histoire d'amour à Saint-Germain-des-Prés», sortie sous forme de livre en 1956. L'ouvrage mêle la réalité à la fiction, la véritable Vali Myers devenant ainsi Ann, la figure centrale. L'action suit quelques personnages, amis-amants. Ce n'est pas la version lénifiante du sujet, telle que l'aurait montrée le cinéma de l'époque. Tout se révèle sordide et violent. Cette «histoire» anticipe de manière troublante celle que racontera plus tard l'Américaine Nan Goldin sous la forme d'auto-fiction photographique. Il suffit du reste d'entendre Vali, enregistrée vingt ans plus tard regardant les images dont elle connaît la suite. Ce ne sont que suicides, saouleries et agressions.

Une fin cinématographique 

D'autres séries continuent sur cette lancée. L'Afrique du buffle mythique. Le Japon au quotidien, dans un pays déboussolé par l'américanisation. Le jazz en Hollande, qui finira par donner un autre livre. Par la suite, Ed débordera sur le cinéma, du genre documentaire expérimental. Les marginaux resteront au centre de ses préoccupations, comme le rappelle la commissaire Hripsimé Visser. Il suffit de voir «Un photographe filme Amsterdam», sorti en 1982. Ed tombera ensuite malade. Un cancer de la prostate. Incurable. Il en fera son nouveau sujet d'inspiration. «Bye» pourra ainsi sortit l'année de sa mort, en 1990. Tout cela peut sembler très noir. Le noir et blanc domine d'ailleurs largement sur les murs du Jeu de Paume.

Pratique

«Ed van der Elsken, La vie folle», Jeu de Paume, jardin des Tuileries, Paris, jusqu'au 24 septembre. Tél. 00331 47 03 12 50, site www.jeudepaume.org Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h, le mardi jusqu'à 21h. 

Photo (Estate Ed van der Elsken/Musée du Jeu de Paume, Paris): L'une des images du Japon de la fin des années 1950.

Texte intercalaire.

 

 

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