Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Dispersion à Drouot d'un ensemble capital de dessins suisses anciens

Crédits: Jost Amman/Etude Joron Derem, Paris

C'est une vente surprenante à tous points de vue. D'abord parce qu'on n'a plus dispersés autant de dessins suisses des XVIe et XVIIe depuis les années 1950, voire depuis l'avant-guerre. Cette dispersion se déroulera ensuite à Paris le mercredi 13 décembre à 15 heures. Elle n'est enfin pas organisée par une des maisons les plus actives dans ce domaine, comme Artcurial ou Tajan. J'avoue n'avoir jamais entendu parler auparavant de Christophe Joron-Derem, qui a pourtant obtenu quelques records dans le domaine de l'art chinois (1). 

Expertisées par Benjamin Peronnet, que l'on a connu à la tête du département des dessins anciens de Christie's, et Sylvie Collignon, les œuvres proviennent toutes de la même collection helvétique. Il s'agit de celle de Hugo von Ziegler, mort en 1966, et de sa femme Edith Schindler. L'homme était un banquier à l'ancienne. Il datait d'un époque où la profession n'était pas branchée nuit et jour sur la bourse de Tokyo ou de New York. Le Schaffhousois était non seulement amateur de dessins, mais collectionneur d'argenterie et de monnaies. Oenologue, en plus. C'était vraiment un homme de culture. Il rédigea ainsi le catalogue raisonné d'un de ses artistes de prédilection, Daniel Lindtmayer, dont il possédait 38 feuilles. Celui de sa collection graphique aurait également dû paraître. Il demeura hélas à l'état de projet.

Projets de vitraux 

La vente du 13 décembre à Drout comprendra 75 numéros seulement. L'amateur y trouvera beaucoup de projets de vitraux, concernant avant tout l'aire schaffhousoise. On sait que la version laïque de cet art au départ religieux fit florès en Suise alémanique jusqu'au début du XVIIIe siècle, quand le goût français toucha les élites. Il y a là des pièces de Lindtmayer, bien sûr, mais aussi de Tobias Stimmer, de Jost Ammanm, de Christoph Murer et d'Hans Caspar Lang. Plus quelques égarés dont de petites feuilles de Wolfgang-Adam Töpffer estimées au ras des pâquerettes. 

Certains prix attendus seront plus coquets, le record allant à une série aquarellée représentant le Christ et les apôtres de Lindtmayer (entre 250 000 et 300 000 euros). Les vendeurs espèrent ainsi entre 40 000 et 60 000 euros, plus les frais, pour un magnifique Jost Amman ou une belle feuille, un peu plus austère il est vrai, de Tobias Stimmer. A qui s'adresse l'ensemble? Avant tout aux institutions. Le Louvre, si pauvre en dessins suisses, devrait logiquement (mais qu'est-ce que la logique garde à voir ici?) casser sa tirelire. On peut aussi souhaiter que Bâle, qui se révèle au contraire si riche en ce domaine, complète son ensemble. 

(1) J'aurais pourtant dû me souvenir que c'était l'homme qui avait osé le premier porter plainte pour vol contre les «cols rouges» de Drouot, aujourd'hui remplacés par une nouvelle équipe.

Pratique

«Collection Von Ziegler-Schindler», étude Christophe Joron-Derem, vente à l'Hôtel Drouot à Paris le 13 décembre à 15h.

Photo (Etude Joron-Derem): "Loth et ses filles" par Jost Amman.

Texte intercalaire.

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