Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Beaubourg présente après la Tate Britain David Hockney

Crédits: Martin Bureau/AFP

C'est son année. Normal. David Hockney, qui ne possède plus son «look» flamboyant du millénaire dernier, fête en 2017 ses 80 ans. Il n'y a que l'impact pour changer selon les pays de réception. En Grande-Bretagne, ce fut du délire ce printemps. A la Tate Britain, comme je vous l'ai alors dit, il fallait se faufiler entre les visiteurs, la jauge ayant été joyeusement dépassée. A Paris, tout reste plus calme en dépit du tintamarre médiatique au moment de l'ouverture, le 21 juin. On entrerait à Beaubourg les doigts dans le nez (ce qui n'est pas très distingué, j'en conviens) sans le plan Vigipirate. Le Britannique n'a jamais été une vedette en France. Idem en Italie, où c'est franchement le désert à la Ca' Pesaro (voir l'article situé une caste plus loin dans le déroulé de ce blog). Cette seconde présentation devrait normalement mieux «marcher» par la suite outre-Atlantique. 

L'actuelle rétrospective parisienne reprend en partie celle de Londres. Il s'agit, comme on dit dans ces cas-là, d'une adaptation. Le cadre se révèle très différent, mais tout aussi contraignant. Aun Centre Pompidou, les espaces du sixième étage ont été scindé une fois pour toutes, avec une remarquable absence de souplesse. Il a du coup fallu ici sabrer. Il y avait trop. Curieusement, ce sont les dernières années qui ont morflé. La production sur Ipad ayant durant plusieurs années passionné David Hockney, toujours friand de techniques nouvelles, a presque disparu. Les dessins ainsi réalisés font pourtant partie du meilleur de la production récente de l'artiste. Un créateur qui avait auparavant expérimenté la vidéo et la photo sous forme de polyptyques, ou plutôt de collages.

Des débuts rageurs 

Le début reste sensiblement le même qu'à Londres. Le visiteur voit rapidement émerger un jeune artiste sinon «en colère», comme ses prédécesseurs immédiats, du moins contestataire. Hockney est homosexuel dont un pays où la chose reste pénalement punissable entre hommes (mais pas entre femmes). Il se veut objecteur de conscience. Héritage paternel. M. Hockney père, qui pose volontiers pour son fils, était un anti-militariste de la première heure. La famille appartient à la «low middle class». Provinciale, en plus. Sortent du carcan social ambiant des tableaux rageurs. Ils tiennent un peu du graffiti, ce qui détonne dans les années 60. 

Vient ensuite la découverte de l'Amérique, ou plutôt de la Californie. C'est l'époque des piscines. Des immeubles précédés de palmiers. Il s'agit aussi du début des va-et-vient entre deux continents. Ceux-ci ne semblent du reste pas terminés. Après avoir passé une décennie en Angleterre, où il s'est laisser fasciner par le paysage campagnard des quatre saisons, Hockney est revenu en 2013 au pays de l'été éternel. Notons que l'Europe ne se voit pas pour autant oubliée. La dernière salle abrite une suite de tableaux, aux étranges formats, évoquant la première Renaissance italienne. Exécutée depuis l'ouverture de la version Tate Britain en février, elle comprend en son centre une variation (à mon avis assez laide) sur «L'Annonciation» de Fra Angelico. Une parfaite involution. C'est ce tableau qui avait donné au petit David l'envie de devenir artiste il y a septante ans.

Des oublis à réparer 

Signée par Didier Ottinger, qui a puisé dans un pot commun, l'exposition posssède, outre ses mérites propres, celui de mettre pour une fois en vedette l'Angleterre, régulièrement ignorée par les institutions françaises. Celles-ci auraient bien du retard à rattraper pour les XXe et XXIe siècles. On attend de ce côté du Channel un Walter Sickert, un Charley Spencer, un Frank Auerbach, un Graham Sutherland, un Ben Nicholson, un Paul Nash. Je m'arrête là. Les musées français d'art moderne agissent comme si le Brexit avait toujours existé.

Pratique

«David Hockney», Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, Paris, jusqu'au 23 octobre. Tél. 00331 44 78 12 33, site www.centrepompidou.fr (le site ne s'est hélas pas amélioré). Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 11h à 21h, jusqu'à 23h le jeudi.

Photo (Martin Bureau/AFP): David Hockney portraituré en juin dans son exposition parisienne.

Cet article est immédiatement suivi d'un autre sur l'exposition Hockney de Venise.

Prochaine chronique le mercrdi 19 juillet. Cézanne à la Fondation Gianadda de Martigny.

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