Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Artcurial va vendre les antiques de l'écrivain Henry de Montherlant

Crédits: Artcurial

Le 21 septembre 1972, jour de l’équinoxe (le jour où le positif et le négatif sont équivalents), Henry de Montherlant se tire une balle dans la tête après avoir avalé une capsule de cyanure. Un suicide assumé. A la romaine. Agé de 77 ans, l'écrivain devenait totalement aveugle après l'avoir été depuis 1958 d'un œil. Pour lui, cette mort correspondait aux idées de sa vie. L'homme se voyait volontiers comme le dernier des stoïciens. 

Le public ne lit plus guère aujourd'hui Montherlant, qui a connu la gloire dès les années 1930. Le romancier ne reste pas le seul grand nom français de son temps à être lentement descendu au purgatoire. Maurois, Gide, Martin du Gard ou Mauriac sombrent dans l'oubli dès qu'ils quittent les programmes scolaires, qui les maintient dans une sorte de poumon d'acier. Il est curieux de voir que leur déclin correspond à la montée en force des Britanniques ou des Allemands de la même époque, que les Français dévorent goulûment, d'Evelyn Waugh à Nancy Mitford et de Thomas Mann à Vicky Baum. Peut-être les grands titres de la NRF ou de Grasset étaient-ils trop construits et trop littéraires, d'où une certaine impression d'artificialité.

Un masque deux fois sauvé

Si Montherlant revient dans l'actualité, ce n'est donc pas à cause de sa prose ou de son théâtre. Artcurial va disperser la collection d’œuvres antiques qui l'entourait quotidiennement dans son appartement. Comme son collègue Roger Peyrefitte (avec qui il a correspondu), l'écrivain a bien acheté au bon moment. Les vases grecs ou les torses romains circulaient librement, ou presque, jusqu'à la fin des années 1950. Artcurial pourra donc proposer le 7 novembre à 14 heures 30 sa Diane fragmentaire ou sa belle tête de Déméter. Il y aura en tout 38 lots, pris dans une vente d'archéologie mêlée. Le plus convoité sera sans doute le masque en bronze d'un militaire, découvert en Lorraine durant une campagne de fouilles courant 1908. Montherlant voulait l'emporter avec lui dans sa tombe. Les scientifiques ont poussé des hauts cris. Les cendres de Montherlant se virent ainsi dispersées seules sur le Forum romain et dans le Tibre, qui n'en est plus à une pollution près. 

Les prix d'estimation restent doux. Entre 150 000 et 200 000 euros pour le masque. Mais il faut dire qu'un tel objet obtiendra difficilement son passeport de sortie (quoique, avec la France...) et qu'il y a toujours des préemptions possibles. Autrement, tout semble là pour faire exploser les prix. La qualité. La provenance. La date d'achat. 1972 est aussi l'année en amont de laquelle la Convention de l'Unesco ne s'applique plus. Pas de revendication possible. Du moins en théorie...

Pratique

Vente Montherlant, Artcurial, 7, rond-point des Champs-Elysées, Paris, mardi 7 novembre 2017. Tél. 00331 42 99 20 20, site www.artcurial.com Le site est à consulter fin octobre pour connaître les heures de visite.

Photo (Artcurial): Le masque gallo-romain découvert en Lorraine.

Texte intercalaire.

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