Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Artcurial va disperser l'héritage de la soeur de Camille Claudel

Crédits: Artcurial, Paris 2017

C'est un mythe. Depuis qu'Anne Delbée a publié sa biographie «Une femme» en 1982, Camille Claudel fait partie des «people» de l'histoire de l'art. Il s'est passé durant sa vie tout ce qui peut faire l'objet d'un grand mélodrame, ce dernier ayant du reste été filmé par Bruno Nuytten en 1987 avec une Isabelle Adjani hystérique à souhait. Il y a l'artiste de génie. La femme luttant dans un milieu aussi masculin que la sculpture. La répression familiale. La folie comme dessert. On sait que la malheureuse a été enfermée pendant trente ans avant de mourir oubliée en 1943. Sa vengeance posthume est d'avoir écrasé Paul, son dramaturge de frère, que l'ennui sauve cependant du ridicule. On ne dit plus «la sœur de Paul» mais «le frère de Camille». 

Au cours de sa carrière dans l'ombre encombrante d'Auguste Rodin, Camille Claudel a relativement peu produit. Sa correspondance, récemment publiée sous le titre racoleur de «Je couche toute nue» (1), le montre bien. Chaque œuvre était précédée, puis accompagnée, de doutes constants. Aussi est-il exceptionnel de pouvoir découvrir à Paris un ensemble de dix-neuf pièces, présentées au rez-de-chaussée d'Artcurial. Toutes proviennent de la succession lointaine de sa sœur Louise, mariée en 1888 avec Ferdinand de Massary. Morte en 1935, elle avait légué l’ensemble à son fils. Notons qu'il ne s'agit pas d'inédits, même si je n'avais jamais vu le portrait au pastel de Louise par son aînée. Les descendants ont volontiers prêté les œuvres de Camille à de nombreuses expositions depuis l'accrochage pionnier au Musée Rodin en 1951.

Estimations raisonnables 

Si le tout se retrouve exposé chez Artcurial, c'est bien sûr en vue d'une vente. La dispersion du seul fonds important de Camille Claudel en mains privées interviendra le 27 novembre à 19 heures. Outre le rare pastel, il y aura là des bronzes, des plâtres et des terres cuites. Plusieurs pièces datent des tout débuts de la sculptrice. Les estimations se veulent raisonnables, histoire que les prix au marteau cessent finalement de l'être. Le lot de plus haut coté (No 4) est le grand modèle de «L'abandon» en bronze coulé autour de 1886. Artcurial (et les vendeurs) en espèrent officiellement entre 600 000 et 800 000 euros, frais non compris. 

(1) Editions Slatkine, Genève 2017.

Pratique

«Camille Claudel, Un trésor en héritage», vente Artcurial, 7, rond-point des Champs-Elysées, du lundi 27 novembre à 19h. Tél. 00331 , site www.artcurial.com Exposition publique du 24 au 27 novembre. Voir l'horaire sur le site. Les œuvres sont déjà depuis quelques jours en place. 

Photo (Artcurial): Le buste en bronte de Ferdinand de Massary, beau-frère de l'artiste.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."