Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PARIS/Artcurial propose l'"Andromède" retrouvée d'Auguste Rodin

Crédits: Artcurial

Il arrive aux maisons de vente d'en faire davantage pour une seule œuvre que pour toute une collection. C'est ce qui arrive depuis des semaines à Artcurial. La maison parisienne s'agite autour d'une «Andromède» retrouvée d'Auguste Rodin. Il faut dire que sa découverte tombe bien. La France entière célèbre le centenaire de la mort du sculpteur, disparu en 1917. Et la maison mère d'Artcurial se situe, rond-point des Champs-Elysées, à quelques mètres de la grande rétrospective (à mon avis ratée) dédiée à l'artiste. 

Pour bien vendre une chose, il faut aujourd'hui avoir une histoire à raconter. La voici. En 1886, Carlos Morla Vicuña, un diplomate chilien en poste à Paris, commende à Rodin une statue équestre du général Lynch, restée à l'état de maquette, qui est comme par hasard l'oncle de se femme. Le Chili constitue alors une minuscule oligarchie, puissamment riche. Le général vient de gagner une guerre contre la Bolivie et le Pérou. Carlos se lie avec un créateur en pleine ascension. Il lui demande du coup de faire le buste de son épouse Luisa, écrivain et féministe convaincue, ce qui se fait encore peu à l'époque.

Un don en échange 

Rodin s'exécute. Il présente en 1888 le résultat au Salon. Taillée en réalité par deux praticiens (le sculpteur ne touche que rarement la pierre), la statue est montrée au Salon en 1888. Petit problème. Vu le succès public et critique, l'Etat français veut l'acheter pour le Musée du Luxembourg. Carlos Morla Vicuña accepte (1). Il a droit à un dédommagement. Curieusement, Rodin ne lui propose pas une seconde version du buste, vu qu'il dirige une véritable PME. Il lui donne une «Andromède» exécutée en 1887 par on ne sait qui. Vu l'enjeu économique, Artcurial se montre très discret sur la naissance de ce marbre, dont il existe par ailleurs quatre autres exemplaires, légèrement différents. 

L’œuvre restait apparemment chez les descendants. La littérature spécialisée le pensait du moins. Mais personne ne l'avait jamais vue. Elle a ressurgi chez des héritiers à Madrid. Ceux-ci s'en dessaisissent donc aujourd'hui. L'estimation a été fixée entre 800 000 et 1,2 million d'euros. De quoi appâter le chaland. La documentation de presse signale opportunément qu'un autre exemplaire de l'«Andromède» s'est vendu trois millions de dollars à New York en 2006, alors que celui offert par Artcurial se révèle d'une qualité particulièrement admirable. Vous suivez mon regard. Pourquoi d'ailleurs avoir promené un marbre (petit, je veux bien) à Bruxelles, à Vienne et à Milan, si c'est pour le brader? 

Le groupe se verra mis aux enchères, après une nouvelle présentation parisienne du 26 au 30 mai, le 30 mai à 20 heures. On verra bien.

(1) Le buste se trouve de nos jours au Musée d'Orsay.

Photo (Artcurial): La version de l'«Andromède» proposée aux enchères.

Texte intercalaire.

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