Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Paris va classer le Sacré-Coeur. Hé oui, l'église n'était pas protégée légalement!

Construite entre 1875 et 1924, l'église n'était même pas inscrite à l'Inventaire du patrimoine. La mesure choque les défenseurs de la Commune. Une polémique de plus!

Une église de carte postale.

Crédits: DR.

On en apprend tous les jours. Autant dire que même les gens les mieux informés se laissent prendre par surprise. Dans un article paru le vendredi 16 octobre dans le journal en ligne «La Tribune des arts», Didier Rykner n’en revient ici pas. Deux jours plus tôt, La Commission régionale du Patrimoine et de l’Architecture d’Ile de France étudiait le dossier du Sacré-Cœur parisien. Il a ensuite donné «un avis unanime pour une inscription au titre de Monument historique et émis à l’unanimité un vœu de classement.»

L'immense mosaïque du choeur, exécutée sur un carton de Luc-Olivier Merson, un artiste revenu très en grâce. Photo Didier Rykner.

Qu’est-ce que cela signifie en clair? Très simple! Cette basilique faisant partie de l’image de marque de la capitale (une ville du genre Amélie Poulain) ne bénéficiait jusqu’ici d’aucune protection légale. Oh, on peut discuter bien sûr sa silhouette massive, imaginée en style néo-byzantin par l’architecte Paul Abadie (1812-1884)! Née comme Notre-Dame de Fourvière à Lyon et Notre-Dame de la Garde à Marseille de l’élan catholique provoqué par la défaite de 1870 contre la Prusse, le résultat satisfait au moins la nécessité d’appartenir à l’histoire. Une histoire longue par ailleurs. Abadie n’a de loin pas vu la fin du chantier, ouvert par souscription nationale en 1875. La façade ne sera terminée qu’en 1914 et le reste du gros œuvre qu’en 1924. La France avait alors passé de la bigoterie néo-monarchiste à la séparation radicale de l’Église et de l’État en 1905. Le fameux principe de laïcité, qui revient si souvent aujourd’hui sur le tapis.

Bouclier insuffisant

Véritable carte postale, le Sacré Cœur ne risque évidemment rien, même si des opposants parlent d’une insulte aux 200 000 morts de la Commune (1). La chose prouve à juste titre pour Didier Rykner que le bouclier français reste très insuffisant. Le journaliste et historien cite pour appuyer ses dires le cas d’une bonne dizaines d’édifices importants laissés vierges de toute assurance à Paris. Il y a les mairies, dont celle du 1er arrondissement construite par Hittorf. Les lycées, dont le plus beau reste celui dédié à l’aviatrice Hélène Boucher. Des fontaines parmi lesquelles celles de Molière, en partie sculptée par le Genevois James Pradier.

Le cas le plus surprenant semble celui du Palais de Tokyo, chef-d’œuvre de l’Art Déco tardif (1937), dont on connaît surtout les hauts-reliefs dus à Alfred Janniot. Lui se retrouve constamment en péril. Il y a quelques années le Palais de Tokyo (autrement dit l’institution vouée à l’art contemporain) a édifié une verrue sur le toit et planté des jardins calamiteux sur le côté. Plus récemment, le lieu a failli devenir le réceptacle des fameuses «Tulipes» de Jeff Koons, qui ont fini cachées dans un bosquet des Champs-Elysées. Seul le poids colossal de cette création discutable a empêché la statue de finir sous le portique du Palais de Tokyo. C’eut vraiment été le bouquet!

(1) Amalgame historique. Le vœu catholique date chronologiquement d’avant la Commune, même s’il est clair qu’un désir d’expiation comprend au moment de la construction aussi bien la Révolution athée de 1789, la défaite de 1870 que la Commune (aujourd’hui sacralisée) de 1871.

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