Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Padoue vient de terminer la restauration d'un de ses plus beaux cycles de fresques

Le Baptistère de Giusto de Menabuoni, décoré au XIVe siècle a été remis à neuf. La ville aimerait se voir inscrite au Patrimoine de l'Unesco comme "citta dipinta".

La coupole, restaurée en 2013.

Crédits: DR.

Tout semblait mort, mais tout ne l’était pas. Le chantier ne s’est pas arrêté. Les travaux de restauration du Baptistère de la cathédrale de Padoue (sans doute l’unique cathédrale inintéressante d’Italie) ont pris fin début septembre. Le résultat apparaît désormais visible. Il a fallu, en dix-huit mois, récupérer et consolider les fresques intérieures, celles du tambour de la coupole ayant déjà été soignées et guéries en 2013. Notons que la facture ne révélera pas trop élevée, comme j’ai pu le lire dans «Il Giornale dell’arte» du mois d’octobre sous la plume de Veronica Rodenigo. Chez nos voisins, les salaires restent bas et on n’a pas la folie des grandeurs. L’année et demi de labeur n’aura coûté que 810 000 euros.

"L'Annonciation", après les récents travaux. Presque comme neuve Photo Giornale dell'Arte, octobre 2020.

Que représentent ces peintures? A peut près toute la Bible sur des centaines de mètres carrés. Il s’agit là d’une commande de Fina Buzzaccarini, l’épouse de Francesco I Carrara, tyran de la ville. Elle a été exécutée entre 1375 et 1378 par Giusto di Menabuoni, qui devait décorer en 1382 la chapelle du Bienheureux Luca Balludi au «Santo» de la ville de Saint-Antoine. L’artiste a créé là un ensemble fabuleux restant pourtant méconnu. A Padoue, on n’en a que pour Giotto, dont la petite chapelle de l’Arena se visite après avoir réservé son billet longtemps à l’avance pour obtenir le droit de passer quelques minutes à l’intérieur. Accolé à la grande église, le lieu dont je vous parle ne se servait pas qu’à des baptêmes. Il s’agissait également de celui où Fina et Francesco étaient enterrés. L’histoire de Padoue se révèle cependant agitée jusqu’à ce que la ville tombe en 1405 dans le giron vénitien. Une «damnatio memoriae» très 2020 a provoqué la destruction de leurs tombeaux.

Infiltrations d'eau

Menée par un équipe dirigée par Veronica Rodenigo, la restauration semble constituer une réussite. Elle devra encore se voir complétée par celle des murs extérieurs. Depuis la fin du XIXe siècle, ils sont sujets à des infiltrations d’eau amenant des cristallisations salines sur les fresques. Il y a aussi de petits problèmes de statique dus à des tremblements de terre récents. Ces travaux se situent dans une perspective ambitieuse. Padoue rêve de se voir classée au Patrimoine de l’Humanité de l’Unesco pour ses parois peintes. La «citta dipinta». Il faut dire que la localité, très abîmée par l’urbanisme des la fin du XIXe, puis par des reconstructions malheureuses après les bombardements de 1943-1945, peine déjà en temps ordinaire à attirer les touristes.

L'escalier dans l'Université de Padoue. le bâtiment a été refait par Gio Ponti, qui en a aussi conçu les fresques. Photos DR.

Or des fresques, il en existe! Si celles de Mantegna ont en grande partie disparu en 1944 (les tentatives de restitutions des parties réduites en miettes sont un échec), il y a Giusto, Giotto, la Basilique Saint-Antoine, une «scuola» en partie décorée par Le Titien et l’immense ensemble anonyme des débuts du XVe siècle au Palazzo della Ragione. Il faut de même citer un nombre considérable de créations du XXe siècle. Au «Santo» (1) se trouvent des cycles exécutés sous Mussolini par Ubaldo Oppi. Bien plus tard encore, en 1985, Pietro Annigoni, le grand «anti-moderne» y a conçu des œuvres gigantesques dans une chapelle et au dos de la façade. Sortons du sacré. Développée à la fin des années 1930 par l’architecte Gio Ponti, l’Université abrite des fresques de ce dernier, qui a pour une fois pris le pinceau (avec l’aide de plusieurs assistants, tout de même). Et ce n’est pas mal du tout! Elle tiennent le coup face à celles du professionnel Massimo Campigli tout près. Un sommet de l’Art Déco tardif.

Classement difficile

Alors l’Unesco, sollicitée à nouveau en juin 2020? Peut-être. Mais pas sûr. L’organisation a déjà beaucoup accordé en Italie. D’autres demandes se font par ailleurs régulièrement retoquer en Europe. C’est notamment le cas pour Nîmes, qui aimerait bien voir ainsi souligné son patrimoine antique…

(1) Le «Santo» et la basilique de saint Antoine de Padoue ne forment bien sûr qu’une seule et même chose.

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