Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Pace propose à Genève les aquarelles de Sam Gilliam. C'est visible depuis la rue!

Octogénaire, l'Américain avait fait l'objet d'une grande exposition au Kunstmuseum de Bâle en 2018. Le voici de retour avec des créations sur papier.

Sam Gilliam. A voir de loin à Genève.

Crédits: Photo fournie par la galerie Pace.

Et si la rue constituait aujourd’hui un lieu d’exposition? La question peut se poser en Suisse, où les galeries ont dû fermer après les musées, ce qui n’est provisoirement pas le cas en France (les musées demeurant accessibles en Espagne). Pace propose ainsi, quai des Bergues, une nouvelle présentation depuis le 21 janvier. Elle se voit consacrée aux «Watercolors», autrement dit aux aquarelles, de Sam Gilliam. Des œuvres de grande taille, aux tonalités intenses. Pas de sujet, bien sûr! A 87 ans, l’artiste reste un pur abstrait. Il continue depuis des décennies dans sa veine des coulures, ou plutôt des «drippings». Autant dire (et je dois préciser que les galeristes se sont ici donné de la peine) que tout se révèle bien visible depuis le quai, par ailleurs situé dans une zone piétonnière genevoise.

Un homme de la couleur. Gilliam a du reste fait partie dans les années 1960, de la Washington Color School. Photo fournie par la galerie Pace.

Le nom de Sam ne vous dit rien? Mais si! Souvenez-vous! En 2018, le Kunstmuseum de Bâle consacrait une grande rétrospective à ce créateur octogénaire. Elle se focalisait sur les années 1967 à 1973. La chose s’explique facilement. C’est le moment où, installé à Washington depuis 1962, ce natif du Mississippi a commis ce qu’on appellerait aujourd’hui «un geste radical». Il a supprimé le châssis. Comme en France les gens de Supports/Surfaces. Ses toiles sont du coup devenues comme de grands rideaux de scène, avec ce que cela suppose comme drapés possibles. Les œuvres se situent de la sorte dans le tridimensionnel. Il s’agit donc, d’une certaine manière, aussi de sculptures… ou d’objets décoratifs.

A Venise en 1972

L’exposition alémanique arrivait certes tard, mais de manière précoce en Europe pour Gilliam. L’homme avait certes représenté les Etats-Unis à la Biennale de Venise en 1972. Il était alors le premier Noir (on ne disait pas encore «afro-américain» à l’époque) à figurer dans la petite villa néo-classique servant de pavillon des USA aux Giardini. Mais après, plus rien. Ou presque. Les Européens l’ont négligé, alors qu’ils s’enthousiasmaient pour d’autres plasticiens venus des côtes Est ou Ouest. Le Kunstmuseum a du coup à nouveau joué un rôle pionnier. Il l’avait déjà fait, il y a de cela bien longtemps, pour Jasper Johns ou Barnett Newman. L’institution lui a en plus acheté à ce moment une pièce importante. Gilliam, qui est un homme bien élevé, l’a remercié en lui offrant une immense peinture de ses débuts. Elle figurait récemment à la jolie exposition consacrée par le musée à ses enrichissements des quatre dernières années. Lumineuse, elle «calait» admirablement le fond d’une salle en priorité vouée à de petites œuvres sur papier.

Sam Gilliam. Photo fournie par la galerie Pace.

Gilliam est donc chez Pace. L’accrochage genevois fait partie d’une série imaginée par cette multinationale du marché de l’art contemporain. Il vient après celui de New York, agendé du 6 novembre au 19 décembre 2020 et celui de Palm Beach, programmé du 11 décembre 2020 au 3 janvier de cette année. Autant dire que la maison soutient activement un peintre qui devrait trouver sa place dans la création abstraite américaine des années 1950 à nos jours. A vérifier jour et nuit jusqu’au 19 mars le long du quai des Bergues genevois! A mon avis, c’est encore plus séduisant de nuit.

Pratique

Pace, 15-17, quai des Bergues, Genève, jusqu’au 19 mars. La galerie est fermée au moins jusqu’au 28 février. Il devrait y avoir un moyen d’entrer sur rendez-vous. Je vous donne donc le numéro de téléphone 022 900 16 50 et l’adresse courriel [email protected] en plus de celle d’Internet www.pacegallery.com

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