Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Ouf! Cette fois, c'est bon! La Collection Pinault ouvre ses portes à Paris le 22 mai

Prévue en 2018, l'inauguration a pris du retard. On sait que le milliardaire français va occuper l'ancienne Bourse du Commerce, remodelée par Tadao Ando.

François Pinault sous la coupole peinte au XIXe siècle.

Crédits: Collection Pinault.

C’est le grand jour qui approche! Après d’innombrables reports, dus à des retard dans les travaux puis à la pandémie, la Collection Pinault ouvre enfin ses portes à Paris dans l’ancienne Bourse du Commerce, non loin du Louvre et du Palais-Royal. Cette fois-ci, tout est près. Les billets gratuits pour les trois journées «portes ouvertes», les 22, 23 et 24 mars sont partis depuis longtemps. Il faut dire que la jauge reste limitée, alors même que le bâtiment tout rond semble gigantesque. Pensez! Six mille huit cent mètres carrés, qui ne sont bien sûr pas tous dévolus aux œuvres exposées (1).

L’affaire remonte à 2016. Cette année-là, la Mairie de Paris a rattrapé François Pinault par les basques, même s’il est Breton. Le milliardaire, aujourd’hui âgé de 84 ans, aurait au départ dû occuper l’Ile Seguin, à la place des anciennes Usines Renault. L’affaire s’était mal terminée. Le lieu se révélait en plus lointain et assez ingrat. Aujourd’hui, les nouvelles architectures en milieu de Seine n’arrangent d’ailleurs rien. La grosse boule vitrée à la pointe de l’île me laisse ainsi perplexe.

L'aventure vénitienne

François Pinault était donc parti se faire voir à Venise. En 2006, il y occupait le Palazzo Grassi, longtemps fief artistique de la FIAT. Trois ans plus tard, il décrochait la Punta della Dogana, sur l’autre rive du Grand Canal. L’homme d’affaires a mené là une politique fastueuse, même si les mauvaises langues la trouvaient un peu proche de Christie’s, qu’il avait racheté en 1998. La Punta servait (et sert encore) d’emballage à la collection d’art contemporain. Rien que des grands noms très chers. Le Grassi développe en revanche une politique de présentations monographiques allant de Sigmar Polke à Cartier-Bresson. Le Palazzo n’a en revanche pas poursuivi, comme promis, les expositions archéologiques qui avaient fait la renommée du lieu vénitien.

L'escalier de Tadao Ando. Photo Patrick Tourneboeuf, Collection Pinault.

Mortifié, Paris a donc offert (2) à François Pinault l’ancienne Bourse du Commerce, qui fut auparavant une Halle aux Blés de la même forme ronde, le tout étant construit sur un ancien hôtel édifié pour Catherine de Médicis au XVIe siècle. De ce dernier subsiste une énorme colonne astrologique. Le bail proposé était de 50 ans. Renouvelable. Déjà utilisé à Venise, Tadao Ando devait respecter le bâtiment historique et sa couple à fresques de la fin du XIXe siècle. Il a donc installé un cylindre de béton à l’intérieur en laissant un énorme corridor de circulation. En 2016, l’ouverture était prévue pour 2018. Il y a eu les aléas. Aujourd’hui, les visiteurs (qui devront réserver leur place à l’avance) pourront voir quelque 200 pièces, généralement de grande taille. Elles sont dues à 32 artistes, dont le Zurichois Urs Fischer, déjà vu au Grassi (3). Des œuvres annoncée d’une tonalité morale plutôt sombre.

Une presse flatteuse

L’affaire prend bien sûr beaucoup de place dans la presse parisienne, obligatoirement flatteuse. Il y a ici toute la puissance de l’argent. D’où des phrases devant lesquelles je peine à garder mon sérieux. Je vous en livre juste une à propos du maître de maison, que j’ai trouvée dans «Le Figaro», dont deux journalistes vedettes ont bénéficié d’une visite privée. «Le port du masque cache son sourire de vainqueur, fait ressortir ses yeux bleus et sa mélancolie bretonne.» C’est beau, non?

(1) Il y aura notamment un restaurant, «La Halle aux Grains», dirigé par Michel et Sébastien Bras.
(2) Enfin, pas tout à fait offert... Quinze millions d'euros au départ. Puis un loyer symbolique de 60 000 euros par an, plus un prélèvement sur le prix du billet. La es travaux faits depuis 2016 auraient coûté environ 160 millions d'euros.
(3) D'Urs Fischer, les visiteurs retrouveront "L'enlèvement de la Sabine" de Giambologna, moulé sous forme de bougie. La sculpture brûlera ainsi progressivement durant six mois.

Pratique

«Collection Pinault», 2, rue de Viernes, Paris, dès le 22 mai. Site www.pinaultcollection.com Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 11h à 19h.

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