Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ORLÉANS/Le Musée des beaux-arts fait peau neuve pour les XVII et XVIIIe siècles

Crédits: Connaissance des Arts

Certains musée peuvent bouger même dans des villes réputées immobiles. Ainsi en va-t-il de celui des Beaux-arts d'Orléans. Situé à côté de la cathédrale, il souffre pourtant d'une mauvaise architecture moderne de départ. On ne tirera en apparence rien de son grand hall, qui pourrait tout aussi bien être celui d'un hôtel, ou de ses escaliers. Quant à sa salle d'exposition en sous-sol, elle serait à pleurer si le public n'y voyait pas parfois d'excellentes choses, la dernière d'entre elles demeurant une rétrospective consacrée au pastelliste Jean-Baptiste Perroneau (1715-1783). Un homme dont plusieurs œuvres majeures sont récemment venues compléter les collections. 

Seulement voilà! Le musée, qui n'a jamais été vraiment abandonné, s'est donné fin 2015 une nouvelle directrice, Olivia Voisin. Et celle-ci dispose, ô miracle, de quelques moyens financiers. Pour tout dire, cette femme de 36 ans s'occupe d'un «pôle», nos voisins français adorant les centres, les pôles et les espaces. Elle a cinq institutions à gérer. Voilà qui donne au moins de la cohérence à ses actions. Je me demande cependant où Olivia trouvera du temps libre pour s'occuper avec Sylvain Amic (dont je vous ai souvent parlé) pour gérer le «plan itinérance» voulu par le Ministère de la culture. Il s'agit là, je vous le rappelle parce que vous l'avez sans doute oublié, de permettre à plusieurs centaines de chefs-d’œuvre parisiens de respirer l'air frais des petites villes de province. La chose s'appelle au final "La culture près de chez vous".

Lumières et couleurs 

A peine arrivée du Musée de Picardie d'Amiens, où elle s'était déjà démenée, Olivia Voisin a donc entrepris de dépoussiérer celui d'Orléans. Il s'agissait surtout de lui donner bonne mine. De le rendre attractif. Séduisant. Autrement dit de lui offrir de la lumière et des couleurs. Il y avait déjà une amorce, au rez-de-chaussée où se trouve le XIXe siècle. Un immense salon, sur une double hauteur, exposait sur fond rouge pétard les grands formats, une lumière théâtrale soulignant la blancheur du marbre des statues. C'était dans cette direction qu'il fallait poursuivre en commençant par le second étage. Les premiers travaux ont donc concerné le Moyen Age (peu représenté à Orléans), puis le XVIe et un chouïa de XVIIe.

Depuis le 28 mai, c'est la fin du Grand Siècle et celui des Lumières qui bénéficient d'un traitement de choc. C'est la même collection, bien sûr, même si bien des toiles ont apparemment été nettoyées et si un nombre considérable d'autres sont sorties des réserves. Orléans dispose en effet d'un beau fonds français, entré de manière précoce au XIXe siècle. Les débuts du musée remontent pourtant à la Révolution quand il a fallu trouver un abri pour le mobilier (les tableaux sont meubles) provenant d'églises désacralisées ou détruites. La seconde salle des «grands formats» peut ainsi présenter sur un fond sable un ensemble de sujets religieux provenant de Notre-Dame de la Bonne-Nouvelle. Notons que cet immense salon, bourré de tableaux jusqu'au plafond dans la tradition du XIXe siècle, reste aussi laïc. Il abrite ce qui subsiste des décors du château de Richelieu, débité sous forme de carrière après 1789. Une exposition a du reste eu lieu en 2011 à Orléans sur le sujet. Elle avait permis de retrouver un peintre oublié, Nicolas Prévost (1604-1670).

Des noms oubliés

Il y a aujourd'hui bien d'autres noms à redécouvrir aux cimaises, pour qui aime le grand XVIIe siècle, celui du «grand genre» historique ou religieux. Si Martin Fréminet, Claude Deruet ou Jean Senelle disent à nouveau quelque chose aux spécialistes, qui a entendu parler de Pierre II Ponce, de Guy-Louis Vernansal ou, dans le domaine du portrait, de Pierre Ernou et de Nicolas Fouché? Orléans en possède souvent de rares toiles signées. Elles permettront des réattributions. Notez que celles-ci peuvent se révéler fragiles. J'ai vu une belle effigie féminine des années 1680 qui a successivement passé de Ferdinand Elle à Pierre Rabon, puis à Gilbert de Sève. Aux dernières nouvelles, il s'agirait d'un Jacob van Loo, sur lequel a paru il y a quelques années un gros livre chez Arthéna. Mais allez donc savoir de manière sûre!

Le XVIIIe siècle suit donc, avec des murs pastel. Il y a là aussi des pièces importantes, émanant de noms qu'on ne verra pas au Louvre, obsédé par les grands maîtres. Olivia Voisin a inclus dans le parcours non seulement de la sculpture et des antiques comme dans la salle «des grands formats», mais quelques meubles et des objets. Orléans ne conserve pas seulement de la peinture. La ville a du reste abrité il y a deux siècles et demi une manufacture de porcelaine. Une vitrine contient du coup des râpes à tabac de Dieppe. Une autre de fragiles figurines en verre filé. Le parcours se termine avec l'âge néo-classique, vers 1820. Il faudra encore refaire le XIXe, qui contient notamment l'atelier de Jules Cognet. Un peintre méritant bien de se voir réhabiliter un jour.

Une manière d'agir 

En attendant, Olivia Voisin, qui est une femme charmante, se multiplie. Elle achète. Elle fait préempter par une Municipalité compréhensive. On la voit partout. Elle arrive toujours à se faire remarquer, ce qui me semble positif. Dans le milieu souvent terne (et pour tout dire assez pincé) des conservateurs de musée, elle met une note vive et gaie. De la science, mais aussi de la fantaisie. C'est une manière comme une autre de véhiculer un message. La bonne, si vous voulez mon avis.

Pratique

Musée des beaux-arts, 1, rue Ferdinand-Rabier, Orléans. Tél. 00332 38 79 21 83, site www.orleans-metropole.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Photo (Connaissance des Arts): La salle des "grands formats".

Prochaine chronique le samedi 21 juillet. Des "Montagnes hollandaises" à Winterthour.

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