Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

On saura enfin dans quelques jours qui dirigera les Musées d'art et d'histoire genevois

Une chose sûre, ce ne sera pas Lada Umstätter. Il s'agira d'un homme dans la cinquantaine. Suisse. Ayant fait carrière à l'étranger. Je mise à tout hasard sur Marc-Olivier Wahler.

Lada Umstätter, qui est à la tête du département des beaux-arts depuis 2017.

Crédits: Tribune de Genève

C'est bientôt l'été. Je ne vous apprends rien. En ce moment, il fait même chaud. Certaines décisions doivent cependant se prendre en juin, avant que l'été disperse les gens et les attentions. Le public devrait donc savoir la semaine prochaine qui dirigera les Musées d'art et d'histoire (MAH) après le retrait de Jean-Yves Marin. Le Normand aura 65 ans en 2020. Je ne dirai pas que le suspense devient intolérable. Tout se révèle trop long avec le MAH. Je vous rappelle à ce propos que la clôture des candidatures était le 23 janvier.

Où en arrivons-nous aujourd'hui? A la finale. Il n'y a plus que deux candidats en lice. Au départ, ils étaient, à ce que je sais, environ 150 (1). Un premier tri, pour le moins drastique, a ramené leur nombre à sept. Ce sont eux que le jury a vus et interrogés. Quels gens comportait cet aréopage? D'abord les auteurs de cette fameuse «feuille de marche», qui me donnerait l'envie d'emprunter le chemin des écoliers au lieu de cette autoroute balisée. Je veux parler de Messieurs Hainard et Mayou. Une autre participante aux «pow-wows» ayant mené à ce plan directeur figurait parmi les examinateurs. Il s'agit d'Hélène Lafont-Couturier, à la tête des Confluences de Lyon. A mon avis un des pires ratages muséographiques de la décennie. Venera Villiger-Steinauer, qui va quitter pour raison d'âge le Musée d'art et d'histoire de Fribourg, faisait aussi partie des examinateurs. Doyen (mais jeune, celui-là!) de la faculté des Lettres et historien de l'art, Jan Blanc avait été convoqué pour infliger la question. Inutile de dire que le magistrat Sami Kanaan et sa zélote Carine Bachmann étaient de la partie. Il y avait encore d'autres jurés. Je vous fais grâce de leurs noms.

Trois, puis deux

Trois personnes auraient (conditionnel) ainsi été retenues. Mais l'une pour peu de temps. On est du coup arrivé aux deux derniers. Deux Suisses, avec un profil différent. Je peux donner le nom de la perdante. C'était pour beaucoup la favorite. A la tête du département beaux-arts depuis 2017, Lada Umstätter avait pour elle l'expérience du lieu, son travail de dix ans accompli à La Chaux-de-Fonds, un caractère bien trempé, des relations avec les autres institutions suisses et son sexe. Pourquoi pas (enfin) une femme, efficace en plus, à la tête du MAH? Le jury ne l'a cependant pas retenue, ce qui ne se sait déjà que trop en ville. Une fuite, pas tout à fait involontaire, survenue au sein même de l'institution, en a averti la plupart des ses collègues du musée. D'où une information en cascade par la suite.

Alors qui est le ou la gagnant(e)? En enquêtant auprès de gens possédant visiblement la réponse, je n'ai bien sûr pas obtenu de nom. Mais, histoire de se faire mousser, les «insiders» m'ont révélé petit à petit plusieurs éléments du puzzle. Le premier est le fait qu'il s'agissait d'un homme. Ensuite, qu'il possédait un passeport helvétique, «mais qu'il avait surtout exercé à l'étranger». Où? Dans diverses institutions, dont peu me semblent correspondre à ce que j'appellerais un musée. Il s'agit à mon avis plutôt de lieux d'expositions. Enfin, le lauréat, «dans la cinquantaine», aurait derrière lui «un parcours atypique». Je ne sais plus trop ce qu'est en Suisse, où il n'y a pas d'inspecteurs du patrimoine comme en France, un «parcours atypique». Mais j'imagine assez bien des «Kunsthallen» à Paris, New York ou ailleurs. Londres, Milan...

Un nom déjà prononcé pour le Mamco

Plusieurs personnes libres en ce moment pourraient bien sûr répondre à ce faisceau d'indices. La plus évidente me semble Marc-Olivier Wahler, parce que son nom avait déjà été prononcé à Genève pour le Mamco, aujourd'hui dirigé par Lionel Bovier. Marc-Oliver a été au Musée des beaux-arts de Lausanne, puis précisément au Mamco. C'est l'un des fondateurs du CAN (ou Centre d'Art Neuchâtel) en 1995. On l'a connu au Swiss Institute de New York, puis surtout au Palais de Tokyo à Paris. Il s'occupe de la société artistique Chalet Society depuis 2012. Visiblement un musée, même généraliste, l'intéresserait. Mais la timbale pourrait bien sûr être allée à un «outsider» alémanique, débarqué de Zurich ou de Bâle. Une bonne connaissance de l'allemand faisait partie des exigences de l'offre d'emploi au même titre que celle de l'anglais. On pourrais alors penser, je prends un seul exemple, à Raphael Bouvier, de la Fondation Beyeler. Un brillant commissaire d'expositions, bilingue, doublé d'un homme charmant. Mais il a moins de 50 ans!

Si c'est cependant bien Marc-Olivier, il y aurait deux problèmes. D'abord il s'agit d'un homme du contemporain, alors qu'il existe ailleurs en ville un Mamco, avec lequel il faudrait il est vrai enfin tisser des liens. En charge des collections des beaux-arts (celles d'archéologique ne possèdent toujours pas de vrai titulaire!), Lada Umstätter pourrait alors faire contre-poids. Je la juge prête à collaborer. Elle aime les oeuvres et les collections. L'autre difficulté me semble l'âge du Neuchâtelois. A 55 ans, il ne peut plus guère aspirer mener la rénovation jusqu'au bout. On a parlé naguère d'une ouverture en 2028. Elle s'est un peu éloignée depuis 2016. Je dirais plutôt 2030... si tout va bien. Alors que Sami Kanaan ne pourra plus se représenter qu'une fois à la fin de son mandat actuel, il faudrait donc changer non seulement de magistrat, mais de directeur en bout de course. D'où un nouveau concours vers 2018-2029. D'où des options finales sans doute différentes. D'où enfin d'ici là des frustrations. Comment peut-on finir sa carrière au milieu d'un chantier? Cela dit, il s'agira d'abord de l'ouvrir, ce chantier!

Mais je me suis peut-être complètement fourvoyé. Réponse dans quelques jours.

(1) Certaines postulations ont aussi été sollicitées. Des Genevois ont ainsi demandé au directeur d'une grande institution parisienne, dont il a spectaculairement fait remonter la fréquentation, de poser sa candidature. L'intéressé a décliné en prétendant le cas de Genève «bien trop compliqué». Il me l'a confirmé. Un sage...

N.B. Puisque j'en suis aux Musées d'art et d'histoire, je signale l'affaire de la Bibliothèque d'art et d'archéologie (BAA). Une enquête était faite sur le comportement de sa directrice Véronique Goncerut. Ses subordonnés se plaignaient de «souffrances» pouvant mener à des arrêts de travail. Très agréable à la ville, la femme aurait été tyrannique ou colérique dans son environnement professionnel. Le verdict a été rendu. Apparemment positif. Véronique s'est vue mutée au Centre d'Iconographie genevoise relevant de la Bibliothèque de Genève... dont Alexandre Vanautgaerden avait disparu pour les mêmes raisons en 2018. Le personnel du MAH a été averti de ce transfert il y a quelques jours par un communiqué interne. Genève sera toujours Genève!


Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."