Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

On ouvre, on rouvre, on ferme. Que voir en ce moment dans les musées genevois?

"L'eau-forte est à la mode" se termine au Cabinet des arts graphiques. Baur et le Centre d'Art contemporain se redéploient. L'Ariana ouvre trois expositions d'un coup.

"Le Quatuor Joachim" de Ferdinand Schmutzer à la promenade du Pin.

Crédits: MAH, Genève 2020.

«Come to MAH-MAH». J’ai obéi mardi 8 décembre à la nouvelle injonction, déclinée sur des fonds de couleurs criardes tant sur les panneaux publicitaire que sur les vitres des trams. J’ai donc été revoir «L’eau-forte est à la mode», qui vit ses ultimes jours au Cabinet des arts graphiques de la promenade du Pin. Sans doute la dernière manifestation de ce type en ces lieux, l’exposition se verra démontée après le dimanche 13 décembre. Difficile d’affirmer que cet accrochage, permettant de découvrir des estampes remarquables de la fin du XIXe siècle, ait rencontré son public. Est-ce parce que les gens ont d’autres préoccupations en ce moment? Faut-il voir là un effet pervers de la réservation obligatoire par ordinateur? Nous n’étions en tout cas que deux visiteurs ce mardi. Il y en a semble-t-il une moyenne de dix clients par jour. Un chiffre correspondant aux résultats actuels d’autres musées de la Ville de Genève.

On peut critiquer la mise en scène, très dense, de la promenade du Pin. Il est permis de voir des défauts dans un catalogue possédant au moins le mérite d’exister et d’être illustré. Je pense néanmoins que cette manifestation restera l’une de celles ayant le plus fait découvrir d’œuvres, et surtout d’artistes, en cette fin de 2020. Les meilleures eaux-fortes aux cimaises ne sont en effet pas dues aux grands noms, de Manet à Millet en passant par Corot. Les productions de ces derniers sentent l’amateurisme dans un domaine où tout se révèle affaire de patience et de virtuosité. Je pense ainsi à l’incroyable planche (un mètre trente de large!) de l’Autrichien Ferdinand Schmutzer représentant «Le Quatuor Joachim». Comment une telle chose est-elle simplement possible? D’autres graveurs français, mais aussi belges, suisses, allemands, italiens, anglais ou américains, dégagent la même impression de magie encrée. C’est pour eux qu’il faut aller voir (et éventuellement revoir) cette exposition signée par Christian Rümelin.

Qu'est-ce qui a repris?

D’autre présentations genevoises ont simultanément rouvert le 29 novembre ou le 1er décembre. Je vous ai déjà parlé de l’imaginatif «Calvin en Amérique» du Musée international de la Réforme, prévu jusqu’au 28 février. «Jean Dubuffet, un Barbare en Europe» (dont je ne vous ai toujours pas entretenu…) dure jusqu’au 28 février au MEG. «Boissonnas et la Méditerranée», pour lequel je vous avais formulé mes réserves, a repris son essor. L’exposition photos dure jusqu’au 31 janvier (1). A Cologny, la savante présentation organisée par la Fondation Martin-Bodmer autour de Werner Strub, «Masques et théâtre», suit parallèlement son cours jusqu’au 11 avril. Le Muséum d’histoire naturelle a recommencé à fêter ses 200 ans. Il y a même deux nouveauté à signaler. Importantes, en plus! L’inauguration de «Genèse de l’Empire Céleste», centrée sur les jades archaïques de la Collection Myers, avait été empêchée par le second confinement. Enfin accessible, la présentation est prévue jusqu’au 18 avril. L’hommage à «Chiara Fumai» du Centre d’art contemporain a lui ouvert comme prévu le 29 novembre. Un hasard du calendrier.

Les masques de Werner Strub à la Fondation Martin-Bodmer. Photo fournie par la Fondation, Cologny 2020.

Ces prochains jours, il y aura plusieurs vernissages sans vernissage. Je veux bien sûr parler du trio de l’Ariana, qui débute le 11 décembre. Autour de «Chrysanthèmes, dragons et samouraïs», qui reflétera le fonds japonais de l’institution, il y aura deux présentations contemporaines (sortant à l’occasion du domaine proprement céramique) conçues par Uwe Wittwer. Le 15 décembre s’ouvrira au Musée Barbier-Mueller une présentation parlant de «La beauté dans l’imperfection». Il s’agira là d’une carte plus ou moins blanche donnée à Steve McCurry. Je crois que c’est à peu près tout dans le domaine muséal genevois. Lausanne, Bâle et Zurich devraient, eux aussi, faire très fort dans les jours qui viennent.

(1) Ordinairement closes, les portes du Rath ont été grandes ouvertes. Il s'agit de se montrer incitatif!

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