Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

On ouvre. On ferme. Trois galeries genevoises vernissent in extremis une exposition

Deux se sont ouvertes pour trois jours jeudi. La troisième durera une seule journée samedi. Et après? Eh bien, visites privées sur rendez-vous préalable.

L'une des images de "Lassithi Drive" chez Patrick Cramer.

Crédits: Charles Weber.

Rideau! Pour la deuxième ou troisième fois, selon les cantons, le rideau va tomber ce dimanche pour les galeries d’art. Fermées jusqu’au 28 février au moins! Il y aura peut-être une petite rallonge, tant le confinement semble désormais une option normale. Si cela continue, il deviendra une sorte d’habitude pour les marchands d’art et (ce qui me paraît économiquement plus dommageable) les restaurateurs (1), les cafetiers, les marchands de vêtements ou les libraires. Ces gens finissent par avoir davantage peur des ukases du Conseil Fédéral ou des différents Conseils d’État que de la pandémie elle-même. Normal. On les comprend. Essentiels ou non? Au royaume des magasins, tout le monde se voit pas logé à la même enseigne!

L'un des paysages (flou lui aussi) de Sylvain Granon à Ligne Treize. A voir à Carouge. Photo Sylvain Granon.

Que faut-il vite voir à Genève pendant qu’il reste temps? Patrick Cramer a ouvert jeudi après-midi (le 14 janvier, donc) «Lassithi Drive». Il s’agit de la nouvelle série de photographies de Charles Weber. Elles ont été prises en Crète, où le Genevois vit maintenant depuis des décennies. Ces œuvres ne font pas que marquer un retour au noir et blanc. Tirées à douze exemplaires, elles se caractérisent par l’importance de flous suggérant d’intenses mouvements, alors que Weber reste normalement l’homme du statique et de la permanence. C’est l’exact contraire des vues prises naguère de nuit en couleurs, avec des temps de pose interminables. Il y a aussi cette fois un intense travail en laboratoire. «J’ai utilisé la vitesse pour bousculer le paysage, le griffer, le passer au papier de verre afin que l’œil s’accroche à la surface avant de plonger dans l’image.» Le temps nécessaire pour que le regard se retrouve à l’aube de la mythologie. C’est à Lassithi, à 800 mètres d’altitude, qu’Europe aurait accouché de Minos, et que Zeus aurait fait ses premiers pas.

Les 40 ans d'Andata/Ritorno

Particulièrement réussi, l’ensemble fera partie des dernières expositions rue du Vieux-Billard par Patrick Cramer. L’homme va se retirer. C’eut normalement dû être en juillet 2021. La Covid le pousse à prolonger jusqu’en décembre. Un membre de moins encore à l’Association Quartier des Bains! Ce ne sera pas la seule disparition de l’année. Pour raison d’âge, Alexandre Mottier devrait aussi jeter l’éponge boulevard Georges-Favon, tout près de chez Patrick. Il s’était installé ici sur le tard. On ne peut en dire autant de Joseph Farine, 65 ans, qui aurait dû vernir le «Flugzeug» d’Antoine Martin le 14 janvier. Sa 338e exposition. Le "laboratoire" Andata/Ritorno va célébrer rue du Stand ses 40 ans en automne. L’année sera bien remplie pour cet espace, même si nul ne sait quand se dérouleront les dix accrochages prévus d’ici décembre. Il y aura notamment là deux événements. Ben devrait repeindre la galerie entière en septembre avec un «Strip-tease intégral». David Mach, dont Joseph Farine a accompagné les débuts, se voit lieu annoncé en novembre. «Retour à Andata», bien entendu.

L'un des paysages de Jean-François Luthy chez Rosa Turetsky. Photo Jean-François Luthy.

En Vieille Ville, à la Grand-Rue, Rosa Turetsky reste fidèle à son noir et blanc fétiche avec Jean-François Luthy. Un homme qui a débuté (comme les choses tombent bien!) il y a bien longtemps à Andata. L’amateur retrouve les mêmes paysages, tracés avec virtuosité sur une page dont le blanc du papier sert de «réserve» à l’encre grise. Les mêmes arbres, qui ont grandi avec la taille des feuilles utilisées avec le temps. C’est, sur deux niveaux, un accrochage intimiste. Discret. Raffiné. L’art de Luthy semblait hors modes il y a quelques années. Il se retrouve au centre des intérêts actuels, avec la remontée en faveur inattendue du grand dessin contemporain figuratif. J’y reviendrai un de ces jours en compagnie de l’artiste genevois.

Une journée de paysages

Il me faut en effet terminer à Carouge, avec la galerie Ligne Treize. La nouvelle exposition de Véronique Philippe-Gache restera encore plus brève. Un seul jour. Samedi 16 janvier. Autant dire que je ne l’ai pas encore vue. Il y aura une journée étendue de visite pour le peintre-paysagiste Sylvain Granon. Accès libre rue Ancienne à Carouge de 10 heures à 19 heures. Et puis après? Eh bien Véronique fera comme tout le monde. Elle sera là sans y être. Une ombre derrière une vitrine. Autant dire qu’elle recevra sur rendez-vous. Il reste (encore) permis d’avoir des amis, à condition qu’ils se montrent discrets.

(1) Restaurateurs miam miam, pas restaurateurs d’œuvres d’art.

Pratique

Je vous donne les adresses des sites. Il y a www.cramer.ch puis www.rosaturetsky.com  puis www.galerielignetreize.ch C’est là qu’il faut piocher les renseignements.

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