Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

On a retrouvé le décor Art Déco de la gare de Limoges, volé pour être sauvé en 1978

Il y a quarante ans, la SNCF a voulu moderniser la gare. Elle a détruit des installations classées. Mais des cheminots ont vidé en secret le wagon destiné à la déchetterie.

Reconstitution partielle du décor retrouvé.

Crédits: Monuments historiques, Limoges.

C'est une jolie histoire, même si elle n'a pas encore trouvé sa conclusion logique. Il faut en raconter une de temps en temps. Même en matière de culture, la presse prend autrement un caractère mortifère, et par conséquent déprimant. Ce n'est pas en disant que tout va mal, contrairement à l'avis des journalistes (mais vous connaissez mon opinion à leur sujet), que les choses vont s'arranger. Ces gens poussent au contraire leurs lecteurs à une dangereuse passivité par démotivation.

L'affaire s'est passée à Limoges. La ville possède l'une des plus belles gares de la province française avec Rouen. Nous sommes en 1978. La SNCF, qui n'est guère renommée pour son sens esthétique, décide d'une rénovation. Tout le décor de 1929 doit disparaître, alors même qu'il a été inscrit à l'inventaire des Monuments historiques trois ans plus tôt. Les boiseries de six mètres trente de haut sont donc découpées à la tronçonneuse. Les carreaux de céramique, qui se devaient ici d'être en porcelaine, se voient arrachés un à un. Et tout finit pans un wagon, destination la décharge.

Caché dans un grenier

C'était compter sans René Brissaud, aujourd'hui décédé. Avec quelques complicités, il a donc volé le wagon. Son contenu s'est retrouvé caché, non loin de Limoges, à Saint-Léonard-de-Noblet. Dans un grenier. Personne ne devait savoir. C'était LE secret. Les cheminots risquaient leur carrière. La gare s'est entre-temps découvert une modernité, que je n'ose même pas imaginer. Et puis il y a eu, après de nombreuses années, non pas une fuite mais un partage. Les gens des Monuments historiques se sont retrouvés mis dans la confidence. Il fallait cependant attendre le moment propice pour faire ressortir ces réalisations Art Déco. Une grande carte de France et une frise composée de mille carreaux cuits à 1400 degrés par la manufacture Tharaud, et donc parfaitement inaltérables. Le tout enchâssé dans du Bilinga, qui constituait alors un bois colonial.

C'est «Le Figaro» qui a annoncé hier l'événement sur son site. Sans surprise. Quand il y a une nouvelle patrimoniale intéressante, elle ne figure jamais dans «Le Monde». L'idée émise par le président des Monuments historiques de Limoges est de replacer ce décor dans son écrin. La chose lui semble assez simple. Il y aurait cependant un an de travail. Le coût des travaux, que pourrait couvrir une souscription, se monterait à 40 000 euros. Nous ne sommes pas en Suisse. Mais la chose n'est bien sûr pas encore faite, et je sens qu'il faudra beaucoup lutter. Le prouve le récent scandale du réaménagement du «Train Bleu», le restaurant chic de la Gare de Lyon à Paris, dont le mobilier d'origine s'est retrouvé dispersé aux enchères.

Et en Suisse romande?

La France n'a pas le monopole des saccages ferroviaires. Je rappelle à tout hasard que Genève a longtemps possédé un magnifique buffet, créé au début des années 1930 par Percival Pernet. Il en reste un petit bout, laissé comme «témoin». Le reste a passé à la poubelle pour faire ce que l'on a aujourd'hui sous les yeux. Une horreur. Mais dire que les CFF ont un goût de chiottes serait encore insulter ces dernières. Heureusement que le Chemins de Fer fédéraux n'ont pas pu toucher au buffet de Lausanne. Il vient de rouvrir, parfaitement restauré.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."