Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Olivier Saillard montre trente ans de mode masculine au Palazzo Pitti de Florence

Le Français a choisi un sujet difficile pour le magnifique musée du costume de la Meridiana. Il s'en sort avec les honneurs. Une nouvelle réussite pour l'institution italienne.

Olivier Saillard pendant le montage de l'exposition.

Crédits: Pôle du Musée des Offices, Florence 2019

Le Palazzo Pitti de Florence abrite, dans un bâtiment bas du XIXe siècle accolé au vénérable édifice, un musée de la mode. Je vous en ai plusieurs fois parlé. Il s'agit là d'un lieu hautement recommandable. Aux collections historiques, données ou acquises, s'ajoutent régulièrement des productions récentes. Nous sommes en effet dans un haut lieu du vêtement. C'est là qu'a eu lieu le premier défilé fédérant la haute couture italienne en 1951. C'est ici que sont organisées (même si nombre d'événements se déroulent aujourd'hui hors les murs pour faire jeune) les cessions de Pitti Uomo depuis 1972.

Pour une fois, c'est d'habillement strictement masculin que parle aujourd'hui un des très sexistes musées de la mode. Le public peut découvrir jusqu'à la fin septembre, après avoir fait un long parcours dans les immenses espaces du palais, l'exposition «Romanzo breve di moda maschile». Une manifestation organisée par la fondation Pitti Image Discovery, mais dans dans le cadre des Offices. Pitti et Uffizi ne font en effet plus qu'un, en attendant une hypothétique unification avec l'Accademia. Le paquet ficelé qui risquerait bien de vite devenir un colis encombrant.

Nouvelle collaboration avec la ville

Le choix et la présentation ont été confiés à Olivier Saillard. On ne présente plus le Français, ce qui ne m'empêchera pas de le faire. L'homme est né à Pontarlier en 1967. Il se veut aussi bien historien que performeur. La chose lui donne une double approche de la mode, à la fois érudite et iconoclaste. Saillard a du coup réussi un parcours sans faute. Il a commencé par conserver à partir de 1995 le musée du costume de Marseille, aujourd'hui disparu en tant que tel. Puis il a passé aux Arts décoratifs de Paris, qui ne s'appelait pas encore le MAD. Il y organisait les expositions sur la couture. En 2010, fort de ses succès, Olivier a reçu le Palais Galliera. Autrement dit le musée de la mode de la Ville de Paris, où il est resté jusqu'en 2018, supervisant la première campagne de travaux (il y en a une seconde en ce moment). Le Franc-Comtois a repris depuis sa liberté. Le «Romanzo» n'est pas sa première collaboration avec Florence.

Un modèle de Roméo Gigli mis en action. Photo Pôle des Offices, Florence 2019.

Le choix peut sembler cette fois ingrat. Il y a dans un nombre énorme de salles des habits masculins issus du prêt-à-porter de ces trente dernières années. Quelques extravagances, bien sûr. Difficile de ne pas remarquer les créations de Walter van Beirendonck ou celles, pailletées, de J.W. Anderson. Mais aussi du classique. De l'indémodable. Du solide qui se vend, et si possible cher. Il fallait donc trouver un biais pour rendre cet amas attractif. Il y a certes les décors des années 1860, cette fois divinement éclairés. Mais autrement comment faire, surtout si l'on renonce aux mannequins?

Roman en chapitres

Eh bien Saillard y est parvenu! Son roman se divise en chapitres, avec quelques clins d'oeil au livre en tant qu'objet. Pantalons et vestes se retrouvent parfois posés sur d'énormes pages. Et puis ils racontent une histoire! Il suffit de faire un noeud aux manches de deux imperméables pour créer des personnages entretenant des liens. Des citations de Beckett, Aragon, Valéry, Pasolini ou Scott Fitzgerald, une fois mises aux murs, font l'appoint. L'imagination du visiteur supplée les manques. Le public se retrouve ainsi dans une fiction en 150 vêtements. Avec des flashs-backs. Des vitrines offrent en contrepoints quelques justaucorps ou des redingotes du passé. Un passé muséifié, bien sûr. Mais un passé éclairant aussi le présent. Tout cela fonctionne admirablement. Sans intellectualité gênante. Sans texte superflu. C'est moins dû à la matière elle-même qu'au talent. Et du talent, Olivier Saillard en a beaucoup. A quand une nouvelle exposition de lui à Paris ou à Florence?

Pratique

«Romanzo breve di moda maschile», Museo della moda e del costume, Palazzo Pitti, 1, piazza Pitti, Florence, jusqu'au 29 septembre. Site www.uffizi.it/palazzo-pitti Ouvert du mardi au dimanche de 8h15 à 18h50.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."