Le Palazzo Pitti de Florence abrite,dans un bâtiment bas du XIXe siècle accolé au vénérable édifice,un musée de la mode. Je vous en ai plusieurs fois parlé. Il s'agitlà d'un lieu hautement recommandable. Aux collections historiques,données ou acquises, s'ajoutent régulièrement des productionsrécentes. Nous sommes en effet dans un haut lieu du vêtement. C'est là qu'aeu lieu le premier défilé fédérant la haute couture italienne en1951. C'est ici que sont organisées (même si nombre d'événementsse déroulent aujourd'hui hors les murs pour faire jeune) lescessions de Pitti Uomo depuis 1972.
Pour une fois, c'est d'habillementstrictement masculin que parle aujourd'hui un des très sexistes musées de lamode. Le public peut découvrir jusqu'à la fin septembre, aprèsavoir fait un long parcours dans les immenses espaces du palais,l'exposition «Romanzo breve di moda maschile». Une manifestationorganisée par la fondation Pitti Image Discovery, mais dans dans lecadre des Offices. Pitti et Uffizi ne font en effet plus qu'un, enattendant une hypothétique unification avec l'Accademia. Le paquetficelé qui risquerait bien de vite devenir un colis encombrant.
Nouvelle collaboration avec la ville
Le choix et la présentation ont étéconfiés à Olivier Saillard. On ne présente plus le Français, cequi ne m'empêchera pas de le faire. L'homme est né à Pontarlier en1967. Il se veut aussi bien historien que performeur. La chose luidonne une double approche de la mode, à la fois érudite eticonoclaste. Saillard a du coup réussi un parcours sans faute. Il acommencé par conserver à partir de 1995 le musée du costume deMarseille, aujourd'hui disparu en tant que tel. Puis il a passé auxArts décoratifs de Paris, qui ne s'appelait pas encore le MAD. Il yorganisait les expositions sur la couture. En 2010, fort de sessuccès, Olivier a reçu le Palais Galliera. Autrement dit le muséede la mode de la Ville de Paris, où il est resté jusqu'en 2018,supervisant la première campagne de travaux (il y en a une secondeen ce moment). Le Franc-Comtois a repris depuis sa liberté. Le«Romanzo» n'est pas sa première collaboration avec Florence.

Le choix peut sembler cette foisingrat. Il y a dans un nombre énorme de salles des habits masculinsissus du prêt-à-porter de ces trente dernières années. Quelquesextravagances, bien sûr. Difficile de ne pas remarquer les créationsde Walter van Beirendonck ou celles, pailletées, de J.W. Anderson.Mais aussi du classique. De l'indémodable. Du solide qui se vend, et si possible cher.Il fallait donc trouver un biais pour rendre cet amas attractif. Il ya certes les décors des années 1860, cette fois divinement éclairés.Mais autrement comment faire, surtout si l'on renonce aux mannequins?
Roman en chapitres
Eh bien Saillard y est parvenu! Sonroman se divise en chapitres, avec quelques clins d'oeil au livre entant qu'objet. Pantalons et vestes se retrouvent parfois posés surd'énormes pages. Et puis ils racontent une histoire! Il suffit defaire un noeud aux manches de deux imperméables pour créer despersonnages entretenant des liens. Des citations de Beckett, Aragon,Valéry, Pasolini ou Scott Fitzgerald, une fois mises aux murs, fontl'appoint. L'imagination du visiteur supplée les manques. Le publicse retrouve ainsi dans une fiction en 150 vêtements. Avec desflashs-backs. Des vitrines offrent en contrepoints quelquesjustaucorps ou des redingotes du passé. Un passé muséifié, bien sûr. Maisun passé éclairant aussi le présent. Tout cela fonctionneadmirablement. Sans intellectualité gênante. Sans texte superflu.C'est moins dû à la matière elle-même qu'au talent. Et du talent,Olivier Saillard en a beaucoup. A quand une nouvelle exposition delui à Paris ou à Florence?
Pratique
«Romanzo breve di moda maschile»,Museo della moda e del costume, Palazzo Pitti, 1, piazza Pitti,Florence, jusqu'au 29 septembre. Site www.uffizi.it/palazzo-pitti Ouvert du mardi au dimanche de 8h15 à 18h50.
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Olivier Saillard montre trente ans de mode masculine au Palazzo Pitti de Florence
Le Français a choisi un sujet difficile pour le magnifique musée du costume de la Meridiana. Il s'en sort avec les honneurs. Une nouvelle réussite pour l'institution italienne.