Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Non identifié, un dessin de Goethe se vend non pas 30 euros comme prévu mais 131 000

L'affaire s'est passée à Lille. Le croquis de 1807 n'avait pas été repéré par l'étude Mercier. Plusieurs amateurs se sont du coup follement disputé cette pièce inédite.

Le dessin en question.

Crédits: La Tribune de l'art

Les ventes aux enchères ne seraient pas ce qu’elles demeurent encore sans histoires extraordinaires. Il faut bien entretenir le mythe. La dernière en date s’est déroulée chez Mercier à Lille, le 18 novembre. Une vacation tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Dans ce qui tenait un peu du débarras figurait ainsi, dans un cadre affreux, un petit dessin. Estimation tout ce qu’il y a de plus raisonnable. Entre 30 et 50 euros. Résultat fou. La feuille est partie à 121 000 euros. Prix marteau, auquel il faut donc ajouter des échutes devant au moins se situer à vingt pour-cent. Le vendeur a dû faire une drôle de tête en apprenant cela. Pour une surprise, c’était une surprise.

Mais le plus extraordinaire, dans cette affaire racontée le 19 novembre par Didier Rykner dans le journal en ligne «La Tribune de l’art», c’est que tous les éléments permettant l’identification étaient écrits non pas une, mais deux fois noir sur blanc. L’une au recto sur le passe-partout, En allemand. L’autre au verso, sur le carton. En traduction française. Il était dit que ce croquis paysager, datant de 1807, avait été donné en 1838 par son auteur Johann Wolfgang von Goethe à Johanna, une dame de la famille Schopenhauer en 1838. Une petite erreur, l’écrivain s’étant éteint à 83 ans en 1832. Il doit en fait s’agir de 1808. L’auteur des «Souffrances du jeune Werther» séjournait alors en Thuringe chez ses amis Schopenhauer. On sait qu’il dessinait volontiers. Il collectionnait par ailleurs les arts graphiques autant pour lui que pour son maître, le duc de Saxe-Weimar-Eisenach.

Trophée de chasse

Il y avait donc tout. Restait encore à se donner la peine de lire correctement. Avant la vente, l’œuvre était donnée à un artiste inconnu (et pour cause!) nommé Gotttre. L’erreur s’est bien sûr vue relevée par plusieurs amateurs. D’où le résultat démentiel. Et la grosse interrogation qui va avec. Comment se fait-il que ce soient les lots mal identifiés, si possible en province, qui obtiennent souvent les meilleurs résultats? C’est à croire que les experts ne servent à rien. Présenté de manière correcte, le croquis n’aurait probablement pas réalisé la même somme le 18 novembre. Il ne s’agit quand même pas d’un chef-d’œuvre. Juste d’un trophée de chasse pour un riche amateur doté de flair.

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