Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

NÎMES/Le Musée de la romanité sort de terre. Un geste architectural

Crédits: Bureau de Portzamparc

Les choses avancent assez vite. Normal. C'est un acte volontariste. Le Musée de la romanité de Nîmes, en face des Arènes, a vu sa première pierre posée le 11 mai 2015. L'ouverture est d'ores et déjà planifiée au 2 juin 2018, autant dire demain. Le site indique même que la première exposition (en fait une manifestation en tournée) sera, du 2 juin au 24 octobre 2018, «Les gladiateurs du Colisée». Voilà ce qui s'appelle aller dans le sens du public. 

Avant d'en arriver à ce bâtiment s'appuyant sur les vestiges d'un quartier moyennement ancien, la municipalité a dû beaucoup ferrailler. Il faut dire que la folie des grandeur de l'ex-maire Jean Bousquet est restée dans les mémoires. L'homme a fini en prison pour trois affaires après un procès de 1996. La chose n'a pas empêché récemment le Carré d'Art élevé par Sir Norman Foster en 1993, son haut fait, de porter son nom désormais accolé. Disons qu'il s'agit là d'un étonnant pardon.

Une concurrence acharnée 

Il n'y avait pas que cela pour déranger les Nîmois. Le nouvel édifice, destiné à remplacer un musée installé dans un ancien couvent, allait entrer en concurrence avec deux autres. Il y a tout d'abord le Musée de l'Arles antique, déjà agrandi une fois et qui le sera sans doute développé une seconde en raison de sensationnelles découvertes archéologique effectuées dans le faubourg de Trinquetaille. Ils'agissait aussi de prendre de vitesse Musée de la romanité de Narbonne. On peut dire que c'est aujourd'hui chose faite. Narbonne, conçu par Norman Foster (tiens, on le retrouve!) ne sera prêt qu'en 2019, la première pierre ayant également été posée en 2015. 

Un concours a bien sûr eu lieu avant d'aboutir à cette architecture où de grandes vagues recouvertes de sortes de paillettes carrées blanches jouent les vedettes. Il y avait trois grands concurrents en lice. C'étaient l'Américain Richard Meier, dont l'étoile décline un peu, Rudy Ricciotti, qui a beaucoup fait parler de lui pour son Mucem marseillais, et Elisabeth de Portzamparc. Oui, l'épouse brésilienne de Christian, dont elle partage le bureau! C'est elle qui l'a emporté avec un projet évalué à 60 millions d'euros, ce qui représente beaucoup pour une cité très endettée, mais peu par rapport à Genève, surtout quand on sait que l'enveloppe reviendra à 38 millions, le reste allant aux aménagements intérieurs et à la scénographie. On a alors pu démolir quelques maisons, à vrai dire quelconques. Puis est venu le terrassement avec, très vite, le transport par grues géantes de mosaïques et des grandes sculptures, autour desquelles Elisabeth construisait. Il faut croire que le chantier était séduisant. Il a obtenu le Furture Heritage Award (une drôle de dénomination) en 2016.

L'amibition d'entrer sur la liste Unesco

Pour le moment, cette coproduction entre la Ville, Le Département du Gard et la Région, auxquelles il convient d'ajouter Nîmes Métropole (la grosse tête pour une cité de cette taille...) reste dans les temps et le budget. Le passant peut admirer le résultat, dont il se dit qu'il lui semble bien fragile. Comme la plupart des gestes architecturaux, tout est ici conçu pour avoir l'air neuf, ce qui supposera une coûteuse maintenance. Le Carré d'art avait quelque chose de plus solide. La preuve, il tient très bien le coup. 

Nîmes compte exploiter la nouvelle institution pour attirer des visiteurs, bien sûr. Mais la Ville voit déjà au-delà. Comme l'expliquent des panneaux apposés sur le chantier des Arènes, qui se refont une beauté du genre nettoyage dentaire, Nîmes postulera alors pour à une inscription sur la liste de l'Unesco, où Arles figure depuis 1981. Sa candidature devrait se voir examinée l'été prochain. Le dossier est prêt depuis janvier 2017. On connaissait les querelles de clochers. Voici les rivalités d'arènes. Peut-il y avoir deux rois de l'arène?

Photo (Bureau de Portzamparc): La vision du futur musée, dont l'enveloppe murale est presque terminée.

Texte intercalaire.

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