Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

NÎMES/Le Carré d'Art refait l'histoire de l'art minimal. Sec, sec, sec...

Crédits: Carré d'Art, Nîmes

C'est une vocation. Quand Jean Bousquet a voulu pour Nîmes un Carré d'Art, il a fait démolir un beau bâtiment néo-classique, assorti à la Maison Carrée, pour installer en face un bâtiment signé Sir Norman Foster. Il y a eu de hauts cris des défenseurs du patrimoine. Mais rien n'a découragé le maire qui, comme tous ses homologues français, jouit d'un pouvoir de potentat local. Il lui fallait son monument, à même d'abriter une médiathèque et surtout un centre d'art contemporain. Expositions temporaires, plus musée. 

Depuis 1993, le Carré a réussi à trouver sa place, en ne tournant jamais en rond. Il a su diversifier ses présentations temporaires, tout en se taillant une belle collection par des achats osés pour l'époque et en recevant de nombreux dons. Les artistes aiment visiblement bien le Carré. Walid Raad ou Sophie Calle viennent ainsi de lui faire des cadeaux. Ils se retrouvent dans les salles aux côtés de Sigmar Polke et de Jean-Luc Moulène. Sa direction sait toujours sentir où va le vent.

New York, 1960-1980 

Dans le tour de France qu'il a entamé pour ses 40 ans en 2017, le Centre Pompidou ne pouvait pas ignorer l'institution languedocienne. C'est l'un de ses meilleurs relais. Le thème retenu ne semble pas le plus facile. «A Different Way to Move» refait la trajectoire de l'art minimal à New York entre 1960 et 1980. Il s'agit d'un proposer une «histoire subversive». Notez l'adjectif. Il veut vous en boucher un coin. C'est celui que l'on utilise quand on ne parle pas de «geste radical». Les pièces proviennent bien sûr de Beaubourg, qui ne les montre pas souvent. Très cérébral, peu spectaculaire, plutôt triste, l'art minimal n'attire pas les foules. La preuve! J'ai admiré l'accrochage absolument seul (à part les gardiens, bien sûr!), alors que je voyais à travers les baies vitrées une foule grouiller autour de la Maison Carrée qui date du temps des Romains. 

Les commissaires n'ont pas rendu la chose plus aisée à ce non-public en associant étroitement l'art minimal à la danse contemporaine (enfin contemporaine à l'époque!). La chose fait pourtant sens. Il s'agit dans les deux cas d'occuper l'espace, d'une manière grave et surtout dépouillée. Il est facile de trouver un lien entre les performances de Simone Forti, Lucinda Childs ou Yvonne Rainer, conservées par des vidéos un peu pourries, avec les pièces de Carl Andre, de Richard Serra et de Dan Flavin. La musique fait le lien. Pas des plus faciles, je dois bien l'admettre! Il y a cependant à Nîmes Terry Railey, Steve Reich comme John Cage. Attention les yeux et les oreilles...

Viser à l'essentiel 

Cet univers décoloré et froid a connu sa préhistoire dans les années 1950 du côté de San Francisco On assiste alors à une fusion des arts liée à un goût certain pour l'improvisation. Le texte rejoint le son. Le mouvement bute sur l'objet. Il y a très peu à la fois dans ces créations visant toujours à un essentiel desséché. Les clefs pour entrer dans cet univers, qui évoluera finalement peu jusqu'en 1980, semblent réservées à une petite élite. L'art minimal tient un peu de la tribu, chez ses concepteurs comme chez ses spectateurs. L'«anti-forme» prêchée en 1968 par Robert Morris ne parle pas à tout le monde. L'Arte Povera, qui éclot simultanément en Italie, garde davantage de sensualité en se concentrant sur des éléments tirés du concret: la terre, le feu, le bois... Mettre la danse «en hypothèses verbales», comme j'ai pu le lire dans un texte nîmois, me semble tout de même bien verbeux. 

Très bien fait, très réussi dans son genre, «A Different Way to Move» laisse une impression bizarre. D'une part, il s'agit d'expériences désormais anciennes. Un demi siècle en moyenne. De l'autre, elles n'ont toujours pas rencontré une large audience. Elles se contentent de celle des musées et centres d'art contemporain. Notons que le Mamco genevois a toujours accordé une large place au minimalisme, comme à tout ce qui est conceptuel. Idem pour les Hallen für die neue Kunst de Schaffhouse (Collection Crex). Il s'agit là d'un choix courageux. Tout le monde n'a pas envie de se contenter d'un public, lui aussi, minimal!

Pratique 

«A Different Way to Move, Minimalismes New York, 1960-1980», Carré d'Art, 16, place de la Maison Carrée, Nîmes, jusqu'au 17 septembre. Tél. 00334 66 76 35 71, www.carreartnimes.com Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Photo (Carré d'art, Nîmes): L'affiche de l'exposition.

Ce texte est immédiatement suici d'un autre sur le Musée de la romainité en construction à Nîmes.

Prochaine chronique le samedi 19 août. Régis Debray publie "Civilisation". Comment nous sommes devenus Américains.

 

 

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