Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Nicolas Bourriaud donne l'"esthétique du capitalocène" avec son livre "Inclusions"

Attention, ouvrage ardu! L'une des vedettes du commissariat de l'art contemporain nous en met plein la vue, alors que sa carrière est en panne.

Nicolas Bourriaud, quand il était à Montpellier.

Crédits: Marc Domage, Moco, Montpellier 2021.

C’est ce qu’on appelle un notable de l’art contemporain. Un monsieur qui se retrouve successivement un peu partout, au gré des places qui se libèrent. Le «cursus honorum» français, pour parler comme nos amis latins, ressemble au jeu des chaises musicales. Pensez, pour la génération de ceux qui sont aujourd’hui les aînés, au parcours de Jean-Jacques Aillagon. Il a su sauter du ministère de la Culture à Versailles et de Beaubourg à la Fondation Pinault.

Bien plus jeune dans la mesure où il est né en 1965, Nicolas Bourriaud n’en arrive pas encore là. N’empêche que sa trajectoire tient déjà de la bille dans un «flipper». Un peu comme celle de Sam Stourdzé. Nicolas a codirigé le Palais de Tokyo de 2000 à 2006. Il a ensuite passé en 2007 à la Tate Britain. En 2010, ses admirateurs ont pu le retrouver quelque part au ministère de la Culture. Un passage aussi éclair que les fermetures du même nom. Un an plus tard, il coiffait l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, ou ENSBA. En 2015, il commençait à préfigurer à Montpellier le Moco, qui regroupait trois institutions contemporaines. Notre homme promettait de faire de la cité languedocienne un Los Angeles culturel bis. Tout vient de capoter. Bourriaud n’a pas été réélu à son poste, ne passant même pas le cap du premier tour des candidatures. Un échec dont il est devenu coutumier. «Clivant», si j’ai bien lu «Libération», le personnage avait déjà été éjecté de l’ENSBA. Une école où mieux vaut venir équipé d’un parachute. L’air y connaît des trous.

L'art de l'anthropocène

Heureusement pour lui (mais pas forcément pour nous), Nicolas écrit. On sait qu’il tient chaque mois une chronique dans «Beaux-Arts Magazine», où il s’exprime en termes encore simples. Il y a aussi les livres. Le petit dernier vient de sortir, après avoir paru en Italie ou en Argentine. Il s’intitule «Inclusions». Il s’agit en toute simplicité d’une «esthétique du capitalocène». L’équivalent économique de l’anthropocène, dont je suppose que vous avez entendu parler. L’auteur lie ici la gerbe, faisant de l’art contemporain le miroir de la destruction planétaire. Heureusement que les «singularités sociologiques» des artistes les changent en magiciens et en alchimistes. Ils échappent ainsi au système productiviste, tout y participant. Leurs positions sont comme il se doit «radicales». Une chose qui permet à Bourriaud de placer ses poulains, qui n’ont bien entendu aucun rapport avec ceux de Benjamin Olivennes dont je vous parle dans un article situé une case plus haut dans le déroulé de cette chronique. Nicolas défend les (relativement) jeunes. L’avenir. Je citerai ici Ambera Wellmann, Paul Chan ou Tala Madani.

L’ouvrage ne se la joue pas modeste. Il s’agit à Nicolas Bourriaud, qui se retrouve comme en jachère, de soutenir son rang de théoricien. Il y a donc du Lévi-Strauss par-ci (ce qui est un bien, vu que l’anthropologue reste pour sa part clair) et du François Lyotard par-là. Plus le 7e continent formé par nos déchets plastiques. La décolonisation. Le «fétichisme sec» du capitalisme. Le «réalisme spéculatif». Bref. L’auteur nous en met plein la vue dans cet essai que le quatrième de couverture affirme «urgent et passionné». Le livre lui sert de carte de visite. De tremplin pour rebondir. Avec la question qui a fini par me tarauder, alors que le volume me tombait des mains. Ce genre de bouquin, publié comme il se doit par les Presses universitaires de France (ou PUF), est-il vraiment fait pour être lu? Un certain nombre de pages tient en effet du verbiage livré au mètre. Un peu comme le fil de fer barbelé.

Pratique

«Inclusions, Esthétique du capitalocène», de Nicolas Bourriaud, PUF, 228 pages.

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