Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

NANTES/Le Musée d'arts s'ouvre péniblement après six ans de travaux

Crédits: AFP

Comme le temps passe... Je me souviens d'avoir visité le Musée des beaux-arts de Nantes juste après sa rénovation. C'était en 1985. Je ne peux pas dire que j'aie été soulevé d’enthousiasme devant le résultat de l'opération. J'avais l'impression d'un espace et de scénographies froids. Une tendance très répandue. Ni Lille, ni Toulouse (aujourd'hui déjà presque en ruines), ni Aix-en-Provence, ni bien des institutions parisiennes ne me semblent avoir gagné à leurs rénovations réfrigérantes. Dans le domaine des réhabilitations, les réussites demeurent hélas rares chez nos voisins. Je pourrais juste citer les exemples heureux du Musée des beaux-arts de Lyon, de Montpellier, de Valence ou plus récemment de Perpignan. 

Or donc Nantes a remis la compresse. L'institution n'a pas fermé moins de six ans (au lieu des deux prévus!) pour en ressortir sous l'appellation étrange de Musée d'arts. Le vieil édifice érigé en 1900 par Clément-Marie Josso est sorti blanc comme un gâteau de mariage des échafaudages. Il lui fallait une extension d'où un budget coquet, finalement ramené à 88,5 millions d'euros. Le musée a en fait reçu non pas une, mais trois adjonctions si l'on compte la bibliothèque. La chapelle XVIIe de l'Oratoire, qui se trouvait non loin de là, face à la cathédrale, fait désormais partie de son dicastère. Un bâtiment opère le lien. Il s'agit de l'apport contemporain. Le choix des architectes a porté, après le concours d'usage, sur le cabinet britannique Stanton Williams. A la fois élégant, lumineux et discret (une prouesse que de réunir ces trois qualités!), son «Cube» a permis de concevoir 2000 mètres carrés de salles supplémentaires, ce qui n'est pas rien.

Une énorme  chose

On l'aura compris. Comme le Fabre de Montpellier, le Musée d'arts de Nantes est devenu depuis le 23 juin dernier, jour de sa réouverture, une énorme chose. Surtout pour une ville de cette taille. Il faut compter plusieurs heures de visites, d'autant plus que le parcours ne se révèle pas des plus simples. Il demeure ainsi interdit pour l'instant de traverser l'immense atrium central, occupé par une œuvre aussi fragile qu'encombrante de Susanna Fritscher. «Nur mit Luft, mit Licht und mit Zeit» ne supporte aucune perturbation. C'est à peine si cet environnement blanc tolère l'intrusion respectueuse de quelques visiteurs à la fois, venus pour connaître là «une sensation sensorielle». 

C'est donc latéralement que le public, nombreux, accède aux salles du rez-de-chaussée désormais voué à l'art ancien. Une jolie collection basée sur quelques envois napoléoniens de 1804 et de 1809 (des rapines militaires, bien sûr!) et sur la collection du diplomate Français Cacault, acquise en bloc par la Ville en 1810 après le décès du monsieur en 1805. Il y a là de très belles pièces italiennes. Tout était à vendre après la Révolution en Italie, où Cacault occupait son poste. Les trois Pérugin et le rare Cosmè Tura se révèlent particulièrement beaux. Suivent les écoles nordique et française. L'itinéraire se termine par ici à la fin du XVIIIe siècle.

Des salles monumentales 

Un monumental escalier, décoré d'un côté d'un imposant bas-relief en frise de Joseph Bernard et de l'autre d'un colossal tableau (au bas mot vingt mètres de large) d’Hippolyte Bertheaux sur le thème de la moisson, mène à l'étage noble. Ce dernier est aujourd'hui réservé aux XIXe et XXe siècles. Les salles sont démesurément grandes. Quelques cimaises, posées au milieu, tentent d'apporter un peu d'intimité. Les plafonds apparaissent eux aussi superlativement hauts. 

On connaît le culte des muséologues pour l'éclairage zénithal. La lumière vient cependant cette fois de si loin que le visiteur se croirait au fond d'un puits. D'où des éclairages exécrables. Les couleurs se retrouvent mangées. Tout le monde connaît le portrait de Madame de Sennones par Ingres, orgueil de l’institution. La toile est en rouge et jaune, comme le drapeau genevois. Et bien ici, elle a l'air entièrement dans les marrons. Et que dire de la suite des quatre toiles du Nantais James Tissot sur le thème modernisé de l'Enfant prodigue, récemment vues éclatantes lors de leur dépôt à Orsay? Eh bien qu'elles font peine à voir, tant le visiteur éprouve de peine à les voir!

Apports contemporains 

La grande nouveauté de la version 2017 reste cependant l'arrivée en force de la fin du XXe et des débuts du XXIe siècles. Nantes a un peu acheté avec l'aide des fonds régionaux (FRAM) depuis les années 80. Son musée a reçu des dépôts, même si le Centre Pompidou, dont les collections enflent comme des baudruches, aurait pu se montrer plus généreux. L’institution dirigée par Sophie Lévy a enfin bénéficié des acquisitions du FRAC (Fonds régionaux d'art contemporain). Des collections ne possédant pas de lieux d'exposition. La partie actuelle, proposée dans «Le Cube» signé Stanton Williams, se révèle du coup très honorable. A côté des grands noms français (Simon Hantaï, les Poirier, François Morellet, Pierre Soulages...), il y a les internationaux voulus. Gerhard Richter. Signar Polke. Duane Hanson. Maurizio Cattelan. Magdalena Abramovic. Il s'agissait d'éviter de «faire province», même si l'on y reste bien un peu à Nantes. 

La dernière partie à parcourir demeure la chapelle. Pour l'instant, elle accueille le «Nantes Triptych» de Bill Viola, filmé en 1992 et jamais remontré depuis. Il faut dire qu'il s'agit d'une vidéo de quarante-huit minutes particulièrement dure. A gauche, une femme accouche. Au centre, un homme en apnée baigne dans l'eau. A droite, une très vieille femme meurt en direct. La chapelle doit par la suite abriter des manifestations temporaires. La première annoncée se révèle d'un tout autre genre. Il s'agit de la première rétrospective jamais montée autour de la peinture sensuelle de Nicolas Régnier (1591-1667). Ce natif de Maubeuge a fait carrière à Venise. Il se sentira donc chez lui dans une chapelle baroque. Ouverture le 30 novembre.

Pratique 

Musée d'arts, 10, rue Georges-Clémenceau, Nantes. Tél. 0332 51 17 45 00, site www.musedartsdenantes.nantesmetropole.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 11h à 19h, jusqu'à 21h le jeudi.

Photo (AFP): Vue sur le "Cube" tout neuf reliant l'ancien bâtiment et la chapelle.

Prochaine chronique le dimanche 15 octobre. Mon parcours à travers la nuit genevoise "No' Photo".

 

 

 

 

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