Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Mort de la photographe Alice Springs. C'était davantage que Madame Helmut Newton

June Brown, qui avait épousé Helmut en 1948, était entrée par hasard vingt-deux ans plus tard dans le 8e art. Elle a surtout donné des portraits.

Anjelica Huston en 1983.

Crédits: Succession Alice Springs.

Avec sa frange brune et sa coupe au carré, elle ressemblait à une rescapée du Berlin des années 1920. Est-ce-là ce qui séduisait son mari Helmut Newton? Le couple a été marié durant près de 60 soixante ans. Il aura fallu la mort accidentelle de ce dernier, en 2004, pour que leurs destins se séparent. Enfin pas tout à fait! June Brown, alias Alice Springs, est alors devenue la vestale de l’œuvre de son cher défunt. Une fondation à Berlin, où elle s’était il est vrai réservé une petite place en tant qu’artiste. Et des présentations de photos de ce dernier à travers le monde, en commençant par Paris où vivait le couple. Je me souviens ainsi d’avoir interviewé là le monsieur il y a bien longtemps.

Rien ne prédisait June à devenir photographe elle-même, si ce n’est le lien d’un mariage conclu en 1948. L’Australienne (Helmut étant lui-même Australien) était au départ actrice sous le nom de June Brunell. Une carrière à succès au pays des kangourous et de Nicole Kidman. Il aura fallu un accident pour qu’elle change son fusil d’épaule. Malade, Newton ne pouvait pas diriger une importance et coûteuse session de mode. Pourquoi pas elle, qui le regardait travailler depuis des décennies? Nous sommes alors en 1970. Forte de ses conseils, elle a su donner des images tout à fait publiables. Un bon début.

La légende du pseudonyme

Il lui manquait un nom. La légende (que m’avait confirmée son époux) veut qu’elle ait pointé le doigt au hasard sur la carte d’Australie. Il est tombé sur un lieu lui fournissant en prime un prénom. Alice Springs était tardivement née. Encore fallait-il lui trouver une personnalité. Le danger des duos d’artistes étant que les deux finissent par se ressembler. Pensez aux Delaunay! La nouvelle Alice allait donc se concentrer sur le portrait. Avec un regard moins canaille, et pour tout dire moins racoleur que celui de son époux. Elle connaissait assez de célébrités pour que celles-ci déteignent sur sa propre personne. Les modèles iront de Catherine Deneuve à Yves Saint Laurent en passant par Loulou de la Falaise, la muse d’alors du couturier.

Alice Springs devant quelques portraits. Photo AFP.

Le succès a été au rendez-vous. C’étaient de belles images montrant des gens très connus à l'époque, d’Anjelica Huston à Charlotte Rampling. Le tout dans un noir et blanc somptueux et une mise en scène simple. On a beaucoup vu Alice dans les années 1970 et 1980. Dans les journaux. Puis dans les musées. Il y a ensuite eu comme une éclipse. Il faut dire que la dame n’était plus toute jeune. June vient en effet de mourir à 97 ans. A Monte-Carlo. Le couple aimait ce qui était bling-bling. Helmut avait eu son fatal accident d’automobile à Hollywood... Tout cela commencé à faire très daté. Les années 2020 n’ont à mon avis plus rien de très glamour. Quant au sexe, n’en parlons pas. Il donne aujourd’hui, à tous les sens du terme, mauvais genre.

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