Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MORGES/"Le livre sur les quais" met les auteurs suisses en avant

Crédits: 24 Heures

C'est la huitième édition, avec une météo et un moral en berne. Froid et légèrement pluvieux d'un côté. Des entrées devenues payantes par la force (ou la faiblesse) des choses de l'autre. Le Livre sur les quais, qui a débuté à Morges le vendredi 1er septembre pour se terminer le dimanche 3, n'offre plus cette année son caractère pimpant de paysage à la Ferdinand Hodler. Il fait gris même sous la tente, qui a elle le bon goût de rester gratuite. C'est là que les auteurs signent en rangs d'oignons serrés, un peu comme les familles à qui l'on rend des honneurs après les enterrements. 

Pour le moment, j'en suis au brunch des auteurs suisses. La chose se situe dans la salle du Casino, délicieuse pâtisserie néo-rococo posée à l'arrière du quai. La salle grouille de tablées plus toutes jeunes. Je me crois revenu en reportage aux Noëls de l'AVIVO (1), que je fréquentais professionnellement à mes lointains débuts. Même atmosphère bon enfant, à la différence près que les écrivains du cru ont remplacé les politiciens venus à la pêche aux voix. Sur scène, Isabelle Falconnier sert de Madame Loyal. Elle présente chacun. Ils seront dix-neuf à répondre à ses questions avant d'infliger au public la lecture de la première page de leur ouvrage (2) Isabelle est rodée à mort. Il faut dire que la dame porte toutes les casquettes littéraires possibles, du Salon du Livre genevois à celle de la politique livresque de la Ville de Lausanne. Cette année, elle dédicace même sous tente un livre. Le sien bien évidemment. «Mea culpa» réunit aux éditions Favre ses "cent meilleures chroniques". J'attendrai pour acheter les cent pires.

La cohue sous la tente 

La séance du Casino se révèle rude, même si elle me donne le loisir d'admirer la chantilly des stucs soulignés de vert pistache. L'exercice de la lecture se révèle périlleux. La voix met du temps à arriver au bout de chaque ligne, ce qui souligne les clichés et les lieux communs. Et il y en a! Sachez que cette année, chez les éditeurs romands, beaucoup de problèmes personnels se voient rendus publics sous forme romanesque. Les lettres constituent une forme de thérapie, chacun le sait. Gratuite, en plus. Je n'aurais pourtant jamais l'audace de vous étaler tous ces bobos familiaux de l'âme. Et pourtant Dieu sait si mon poisson rouge me donne des soucis en ce moment! 

Sous la tente, un peu plus loin, c'est la cohue du samedi. Les organisateurs espèrent 40 000 visiteurs en trois jours. L'organisation des lieux reste la même. Les écrivain-e-s, pour adopter le langage épicène genevois, d'un côté. Le public de l'autre. Les signatures se font rares pour certains. Ce sont les romanciers ou les essayistes de Série B. Les malheureux demeurent vissés sur leur chaise. Les stars, elles, font des apparitions spasmodiques, un peu comme la Vierge à Lourdes, en plus laïc bien entendu. C'est le cas de Marc Lévy qui préside cette édition. La honte. Il en va de même pour Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt ou Jean-Christophe Rufin. Notez que la notoriété peut passer. Parmi les B, je reconnais Valérie Trierweiler, qui a commis un roman viennois autour de Gustav Klimt. L'ex-favorite présidentielle n'intéresse visiblement plus personne. Merci pour ce moment...

Expositions et mini croisières 

Sur scène, une autre dame prouve, tandis que je passe, qu'il est possible de durer. Macha Méril raconte à la radio suisse ses amours hors d'âge avec le chanteur Michel Legrand, qu'elle s'est bien sûr sentie obligée de coucher sur le papier. «Une femme mariée», le film de Godard (tiens un Vaudois!) qui l'a lancée, date de 1964. Elle est toujours là. Reconnaissable en plus. Soyons en lui reconnaissants. 

Autrement, il y a dans Morges des expositions (Mix & Remix), des tables rodes et d'autres sans doute carrées. J'ai cru voir annoncées des mini croisière sur le lac. Le Livre sur les quais n'a donc pas encore coulé à pic, même si l'an de disgrâce 2016 a laissé une grosse ardoise à régler. 

(1) Ces pseudo-fêtes étaient destinées au aînés.
(2) Corinne Desarzens et Stéphane Bovon ont cependant su dynamiter (et dynamiser) l'exercice en refusant les règles du jeu.

Pratique 

«Le livre sur les quais», à travers la ville de Morges, la tente se trouve sur les quais. Samedi 2 septembre de 9h30 à 20h, dimanche 3 septembre de 9h30 à 19h. Site www.lelivresurlesquais.ch Pas de tél. 

Photo (24 Heures): La foule sous la tente. La photo a en fait un an ou deux.

Texte intercalaire.

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