Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MORGES/L'année 2017 en caricatures à la Maison du dessin de presse

Crédits: Alex/Maison du dessin de presse, Morges 2017

Sur l'affiche, bien reconnaissable à sa coiffure et à son air poupin, le Nord-Coréen Kim-Jong Un fait du bilboquet. Son arme nucléaire est prête à s'enfoncer dans la Terre. Le dessin d'Alex constitue une jolie variation sur «Le dictateur» de Chaplin. Il a servi l'été dernier d'illustration au moment des essais nucléaires les plus agressifs de la Planète. On n'a du reste pas fini d'en entendre parler. 

Pour la première fois de son histoire, la Maison du dessin de presse de Morges propose une «Rétro» de l'année (presque) écoulée. Les onze premier mois se retrouvent aux murs sous forme de reproductions bien ordonnées et commentées. Décembre s'inscrit au jour le jour sur la dernière cimaise disponible. L'actualité ne s'arrête jamais. On sait que, retranscrite par les médias, elle mêle le capital, l'important et le futile. Il faut souvent flatter le public, qui fonctionne toujours davantage à l'émotion. Le fait divers l'emporte bien souvent pour lui sur le fait politique ou économique.

Dérapages autorisés 

2017 se sera montré fertile en événements. Ce n'est pas toujours le cas. Il existe des années plus calmes que d'autres, au grand dépit des journaux, des radios et des télévisions. Ceux-ci vivent de drames, qu'il s'agit de transformer en indigestes feuilletons. Le dessin de presse constitue du coup pour les quotidiens ou les hebdomadaires le grain de sel. Le dérapage toléré. Le petit moment de folie (la fameuse liberté du fou). Il semble clair que leurs auteurs bénéficient d'une liberté que les journalistes n'ont pas, eux qui demeurent tenus à la sacro-sainte objectivité. Même les éditoriaux signés se doivent aujourd'hui de rester pondérés. Autant dire qu'on ne s'amuse pas souvent en faisant sa lecture du matin ou en regardant le journal télévisé le soir... 

La Suisse possède un grand nombre de caricaturistes. Le public peut s'en rendre compte à Morges, qui a retenu un certain nombre de productions alémaniques (mais aucun Tessinois). Leur caractéristique commune reste souvent une forme visuelle assez pauvre. Les traits d'esprit l'emportent de loin sur ceux du crayon. Il existe bien sûr des exceptions. Je pense à VaLott, à Sven ou à Alex. Mais, d'une manière générale, l’œuvre existe par sa légende ou ses bulles. Heureusement que Donald Trump se révèle facilement reconnaissable. Autrement, j'éprouve parfois de la peine à distinguer Angela Merkel de Theresa May.

Un reflet éphémère 

Comme partout, l'actualité reste ici éphémère. Et souvent locale. Pour certains cantons, je ne sais même pas de quoi on parle (l'UDC à Neuchâtel). Et puis il y a l'oubli. Rapide. Rien de plus daté qu'une caricature, liée à l'instant précis. La meilleure chose qui soit sans doute arrivée vers 1830 à Honoré Daumier pour sa postérité est de se voir interdire de traiter les thèmes politiques. Tous ou presque ont disparu dans un trou noir depuis l'époque du roi Louis-Philippe. De 2017, à part les grands faits, il reste ainsi surtout dans les mémoires les événements postérieurs à l'été. Les organisateurs l'ont du reste bien compris. A chaque fois, ils nous racontent l'histoire. 

De quoi ont parlé en 2017 Chapatte, Herrmann, Bénédicte (le monde des dessinateur reste très masculin), Vincent l'Epée ou Barrigue? Un peu de tout. Ils ont aussi bien été sollicités pour la RIE III que pour les élections françaises (1), les tempêtes dans le Pacifique ou l'affaire Weinstein puisque on peut rire de tout. Il est clair que certains supports permettent d'aller plus loin que d'autres. La palme libertaire appartient au journal satirique «Vigousse». Rien ne lui fait peur. Je ne vois pas «24 Heures» ou «Le Temps» acceptant les dessins de Vincent l'Epée sur Trump. Le seul mot «bite» ferait blêmir leurs rédacteurs en chef.

Remettre les idées en place

Un peu de vulgarité remet pourtant parfois les choses en place. Dans cette année marquée en Suisse par la mort de «L'Hebdo» en février, la possible disparition du «Matin» sous forme imprimée et la votation «No Billag»annoncée pour 2018, j'ai ainsi adoré la réponse de Barrigue. On voit un homme à la Reiser assis sur la cuvette des W. C. Il s'exclame: «Vous avez déjà essayé de vous torcher avec une tablette numérique?» Bien vu, ou plutôt bien senti. 

(1) Notons qu'Emmanuel Macron, par ailleurs difficile à caricaturer, n'a fait l'objet d'aucun dessin exposé à Morges depuis mai. On apprécie ou non sa politique, mais elle reste difficile à résumer en quelques coups de crayon.

Pratique

«Rétro du dessin de presse suisse 2017», Maison du dessin de presse, 39, rue Louis-de-Savoie, Morges, jusqu'au 4 février 2018. Tél. 021 , site www.maisondudessindepresse.ch Ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 18h, samedi de 10h à 18h, dimanche de 14h à 18h.

Photo (Maison du dessin de presse): L'actualité nord-coréenne vue par Alex.

Prochaine chronique le mardi 26 décembre. L'Hôtel Drouot de paris a connu une bonne année financière. Mais tout n'y va pas si bien que ça...

ET À PROPOS, "JOYEUX NOËL"! OSONS CES DEUX MOTS PUISQU'ILS SEMBLENT DEVENUS POLITIQUEMENT INCORRECTS.

 

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