Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Montpellier a ouvert l'Hôtel des Collections de son ambitieux Mo-Co. Je vous raconte

Montpellier Contemporain a dit long sur les ambitions en matière d'art contemporain de la ville. Le Mo-Co occupe trois lieux. A sa tête, on retrouve Nicolas Bourriaud

Nicolas Bourriaud, l'artisan de cette entreprise en forme de fusée à trois étages.

Crédits: DR

C'est ce qui s'appelle manifester de l'ambition! Le29 juin, Montpellier a inauguré dans l'ancien Hôtel de Montcalm, lifté comme une vieille Américaine. Le troisième élément de son Mo-Co. De quoi s'agit-il? De Montpellier Contemporain, qui se répartit donc sur trois sites. Normal. Tout bâtiment historique se voit aujourd'hui recyclé en lieu de culture. La Panacée occupe ainsi depuis 2013 l'ancienne Ecole de Médecine. Et il y a encore, ailleurs dans la ville, un lieu d'enseignement, l'ESBA. Un dernier espace suffisamment grand pour vous fabriquer des artistes comme certaines machines produisent des saucisses. Le monde se retrouve ainsi aujourd'hui plein de créateurs et de créatifs. Il n'y a plus qu'à leur trouver des employeurs ou des clients.

Il y a déjà longtemps que Montpellier développe une politique volontariste en matière de culture. On peut le comprendre dans la mesure où la cité, ayant triplé sa population depuis 1945 pour arriver à quelque chose comme 300 000 habitants, tient à afficher son dynamisme. Une projection sur le futur, confortée aujourd'hui par la présence de 70 000 étudiants et le nom de Montpellier Métropole. Les choses sont cristallisées tout au long de l'interminable règne de Georges Frêche, mort en 2010. L'homme fort de la région. C'est alors que s'est restructuré le Musée Fabre, qui n'a rien d'une petite chose. Le Pavillon Populaire, qui sert maintenant pour la photographie, a pris son essor. Le maire avait aussi lancé le projet audacieux d'un Musée de la France et de l'Algérie. Il aurait occupé l'Hôtel de Montcalm, alors à restaurer et à restructurer. L'actuel élu Philippe Saurel n'en a plus voulu. Un peu chaud tout de même pour une ville où cohabitent immigrés et enfants de «pieds noirs»...

Saturation dans le Sud

L'Hôtel en question s'est donc retrouvé pris dans ce projet un peu mégalomane d'art contemporain, le Mo-Co. Un domaine actuellement jugé porteur, mais pour lequel il faut déjà craindre une saturation dans le Sud de la France. Entre le privé, représenté par des fondations (Carmignac, Château Lacoste, Van Gogh, Lambert, LUMA, bientôt Lee Ufan...) et le public, les amateurs ne savent plus où donner de la tête et du porte-monnaie. Pour réussir son coup, la mairie table sur Nicolas Bourriaud. Un bougillon. L'homme a codirigé le Palais de Tokyo de 2000 à 2006. Il a fait un passage, qui s'est mal terminé, à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris entre 2011 et 2015. Nicolas a par ailleurs travaillé à «Beaux-Art Magazine», où il conserve une chronique mensuelle. Il a enfin écrit d'énormes livres théoriques sur l'art contemporain, où j'avoue ne piger que dalle.

L'Hôtel de Montcalm aujourd'hui. Photo France-Culture

Le choix était apparemment le bon. L'homme s'est multiplié. Il a utilisé son réseau. Après La Panacée, qui lui est antérieure, il y a aujourd'hui l'Hôtel de Collections. Un espace voué à tous les ensembles, privés ou publics, d'industriels ou d'artistes. Le tout dans un bâtiment des débuts du XIXe siècle revu par l'architecte Philippe Chiambaretta, qui a conservé au rez-de-chaussée les trois salons historiques subsistant. Le jardin, qui donne sur l'avenue de la République, près de la gare Saint-Roch, s'est vu revu et corrigé par des plasticiens. Tout doit être ici «arty», comme on disait il y a quelques années. Bertrand Lavier a du coup sévi en complicité avec le botaniste Gilles Clément, mais il y a encore du boulot. La fontaine prévue par le sculpteur ne sera prête qu'en octobre. A l'intérieur, le chantier se révèle en revanche terminé. Il y a notamment quelques néons (d'artiste, bien sûr!) dans le restaurant donnant sur le jardin. Je ne résiste pas à la tentation de vous citer le texte accompagnant cette création de Loris Gréaud. Elle «sublime cet espace dédié au partage et à la convivialité.» Vous m'en direz tant!

Accrochage venu du Japon

Et la première exposition, en tenant compte du fait qu'il devrait y en avoir trois par an, me direz-vous? Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps. «Distance Intime» est dédié à la Collection Ishikawa. Un monsieur qui a fait fortune dans l'e-commerce. Vêtements. Il a reçu la révélation en découvrant courant 2011 l’œuvre minimal d'On Kawara, Japonais comme lui. «Il ne m'a fallu que trois minutes pour me décider à acheter douze pièces de la série «Date Painting» dans la galerie.» Quand on sait le prix de la chose, on se dit que le débutant avait pour le moins les moyens. Il a depuis développé un ensemble plein de noms célèbres. L'homme possède tout ce qu'il faut avoir des Suisses Fischli & Weiss au Danois Danh Vô, en passant par l'Allemand Gerhard Richter et l'Américain Lawrence Weiner. D'où une légère impression de déjà-vu en parcourant les salles de l'ancien Hôtel de Montcalm. Nicolas Bourriaud se vante pourtant de «sortir de sentiers battus». On verra par la suite, le second accrochage devant refléter une collection publique russe...

L'un des trois salons historiques, aujourd'hui utilisé pour la librairie. Photo tirée du site de Montpellier.

Il sera aussi intéressant de voir, une fois l'été passé, quel écho rencontrera la seconde manifestation. Pour le moment, il y a la nouveauté. La curiosité. Le tourisme. Après, il faudra faire avec le public local. La presse nationale ne sera sans doute plus au rendez-vous. Et encore, les nombreux articles parus pour l'inauguration étaient-ils déjà des publireportages... Reste que Nicolas Bourriaud possède de l'entregent. Notre Pépé le Mo-Co (je pense inévitablement au «Pépé le Moko» de 1936 avec Jean Gabin) devrait arriver à se retourner d'ici là. Mais moi, y retournerai-je?

Pratique

«Distance intime, Chefs-d’œuvre de la Collection Ishikawa», Mo-Co, Hôtel des Collections, 13, rue de la République, Montpellier, jusqu'au 29 septembre. Tél. 0334 99 58 28 10, site www.moco.art.fr Ouvert du mardi au dimanche de 12h à 22h. Jusqu'à 19h en septembre.

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