Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Mon "Thé au Rath" en compagnie d'un tableau de Diday. Une opération de proximité...

Dès le 1er juin, les amateurs peuvent venir en couple voir l'oeuvre de leur choix, sur les trois sélectionnées par les internautes. Réservation bien sûr obligatoire.

La cascade de Giessbach, dans la version du MAH.

Crédits: MAH, Genève 2021.

Voilà. C’est fait. J’ai pris mon thé au Musée Rath avec la personne de mon choix, comme invite à le faire le Musée d’art et d’histoire (MAH). Cela s’est passé le 28 mai, un vendredi, à 15 heures. Trois jours avant l’arrivée du vrai public. Rien à voir avec le «five o’clock» à l’anglaise, je dois dire. Il manquait d’ailleurs les «scones», la marmelade et un peu de crème. Pour tout dire, la collation offerte est restée assez rustique. Moi qui imaginais déjà le plateau en argent qu’un gardien en gants blancs aurait tenu assez haut pour faire croire qu’il y avait dessus non pas une théière, mais le chef de saint Jean-Baptiste demandé par Salomé… J’en suis resté pour mes frais.

Cela dit, la table rustique et les sièges afférents n’étaient pas sans rapport avec l’œuvre que j’avais élue sur les trois sélectionnées par les internautes sur un pré-choix assumé par les conservateurs. Je n’avais pris ni le bronze de Markus Raetz, ni le plâtre de James Pradier, mais la «Cascade de Giessbach vue par François Diday (1802-1877). Nous sommes après tout, devant cette toile de deux mètres de haut, dans une alpe bernoise idéalisée. Il y a l’eau jaillissante, les sapins interchangeables se retrouvant dans les autres créations du peintre, plus une bergère histoire de faire joli dans le paysage. Un thème que l’artiste genevois a repris plusieurs fois. Ses premiers Giessbach datent de 1828. Les derniers, à en croire mon compagnon de beuverie (du thé donc, en sachets, dans un «mug» marqué en violet du nouveau sigle du MAH) de 1864. Il y en a encore eu une version lors de l’Exposition universelle de Paris 1867. Les renseignements de mon coéquipier (complétant le commentaire vocal, enregistré d’une voix un peu monocorde, que l’ai obtenu grâce à QR-Code) sortent notamment d’un ouvrage ancien de Jean-Jacques Rigaud. Ce monsieur avait été  auparavant l’homme fort politique genevois du début des années 1840. On alliait encore le sens politique et la culture dans notre ville en ces temps-là...

Un tableau sorti des caves

Le tableau sous mes yeux a été acquis par les Saladin à l’époque, me révèle ainsi mon compère. La famille, aujourd’hui éteinte, avait fait construire une villa néo-grecque à Pregny. Une bâtisse très chic, que les Rothschild feront abattre moins de quarante ans après afin de confier «leur» château à l’architecte anglais Paxton. J’en apprends, des choses! On a le temps d’une leçon d’histoire durant un thé de trente minutes. Solidement encadrée par de véritables poutres dorées, la toile est arrivé au MAH dès 1870. Un don. Les collections restaient alors logée au Rath. Comme on se retrouve! Depuis 1910, cette œuvre séduisante n’a guère orné les cimaises du bâtiment de la rue Charles-Galland. Elle le mériterait pourtant à condition de subir un nettoyage un peu énergique, mais pas trop. J’ai été la regarder de près, mon «mug» à la main. De jolis effets d’empâtements blancs sur l’eau. Mais certains arbres ont disparu dans la crasse, les craquelures du bitume et le chancis.

En continuant mes inspections dans le Rath, j’ai découvert que le champ restait libre près du Pradier et du Raetz. Pas d’autres journalistes. J’ai zieuté. J’ai noté, en réfléchissant, que les internautes avaient voté suisse, voire genevois. Et plutôt classique. Sage. On n’est vraiment pas dans la mouvance de la direction du MAH, où tout doit se faire crapahuter pour exister, comme dans l’actuelle exposition «Marcher sur l’eau» à Charles-Galland. Y a-t-il de plus traditionnel que de prendre son thé sous un tableau alpestre entré dans les collections en 1870, je vous le demande?

Quel sens profond?

Où je m’interroge aussi, pour ma part, c’est sur le sens profond de cette opération, voulue «de proximité» par la direction. Il y a du mardi au vendredi, durant l’après-midi, une équipe entière au Rath pour faire rentrer douze personnes par heure afin de voir trois œuvres, alors que le MAH en abrite, selon les chiffres donnés, entre 600 000 et un million d’«items». N’aurait-il pas mieux valu une véritable expositions d’été? Je veux bien que Genève demeure une ville pauvre, pour ne pas dire misérable, puisqu’elle ne subventionne les activités culturelles qu’à la hauteur de 301 millions de francs par an. Mais un petit effort m’eut tout de même semblé possible.

Pratique

«Un thé au Rath», Musée Rath, place Neuve, Genève, site pour s’inscrire http://institutions.ville-gene... Du 1er juin au 20 août. Le "mug" est offert.

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