Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Mobilisation européenne pour sauver un monument du communisme bulgare.

Construit en pleine montagne, le Bouzludja devait marquer la grandeur du régime de Todor Jivkov en 1981. Cette "soucoupe volante" est aujourd'hui en piteux état.

La "soucoupe volante".

Crédits: Photo Nicolaj Doyninov, AFP.

Ce n’est pas le retour du bâton, mais celui du balancier. A la chute des gouvernements communistes d'Europe de l'Est en 1989-1990, les monuments à leur gloire ont passé un mauvais moment. Ils ont été au meilleur des cas abandonnés à leur sort. Au pire détruits comme le palais de verre fumé est-allemand dressé par le régime de Walter Ulbricht à Berlin-Est (là même où a été restitué ces dernières années le château des Hohenzollern). Il ne devait rester aucune trace de tout un pan de l’histoire. C’est l’éternel principe de la table rase.

Les mosaïques menacées. Photo Nicolaj Doycinov, AFP.

Aujourd’hui, les édifices survivants font l’objet d’un regain d’intérêt. Ils représentent un passé qu’il ne s’agit pas de magnifier, mais au moins de digérer. L’attention internationale se retrouve en ce moment priée de se diriger vers une énorme «soucoupe volante», érigée à 1400 mètres d’altitude par les Bulgares sous le «règne» du redoutable Todor Jivkov, qui se maintint au pouvoir de 1954 à 1989. Inaugurée en 1981, la chose qui devait célébrer la grandeur de la Bulgarie communiste avait coûté des sommes hallucinantes. Rien n’était trop beau et trop cher pour Bouzludja. Ont ainsi été mis à contribution 75 000 tonnes de béton, d’acier et de verre. L’intérieur comprenait un gigantesque décor de mosaïques, aujourd’hui très menacé. Le tout a été permis pour une «contribution volontaire» d’une population par ailleurs misérable.

Le défi d'Europa Nostra

Après 1990, ce monument dont l’étoile rouge était paraît-il visible par jours de beau temps jusqu’en Roumanie ou en Grèce a été oublié. Il s’est très vite dégradé. Une campagne, menée notamment par Europa Nostra, vise à le récupérer pendant qu’il est temps. L’Unesco s’est mise de la partie, avec la bénédiction du spécialiste Nicolas Levi-Strauss. Il semble que le temps presse. Les spécialistes du patrimoine arguent qu’il s’agit là d’un témoin irremplaçable. Et après tout, on a déjà sauvé les restes de bien des dictatures! La presse internationale s’est mise donc en branle. Comme je tire mes renseignements de «Challenges» et du «Figaro», qui ne constituent pas précisément des brûlots gauchistes, j’en déduis que l’idée bénéficie d’un large consensus. Cela dit la somme (non précisée) nécessaire pour le sauvetage de ce «monstre» semble loin d’être réunie. Pour le moment la Fondation Getty a juste donné l’équivalent de 175 000 de nos francs.

Sous la coupole percée à jour. Photo Nicolaj Doycinov, AFP.

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