Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Mini-émeute. Une galerie de Tokyo autorise ses visiteurs à partir avec les oeuvres

L'exposition transgressive n'aura duré que dix minutes. Le temps d'un véritable pillage. La police est intervenue. On dirait un vieux gag surréaliste des années 1920.

La galerie, avant le pillage.

Crédits: AFP

C’est une histoire japonaise. Nous n’allons pas souvent ensemble au Pays du Soleil-Levant, ce qui n’a rien d’étonnant. Je n’y suis moi-même jamais allé. J’ai pêché ce que je vais vous raconter dans une dépêche de l’Agence France Presse (AFP). J’ignore si celle-ci a trouvé beaucoup de débouchés dans la presse francophone, ou si l’anecdote est restée confinés à «20 Minutes». Aussi vais-je vous relater la chose par le menu.

Tota Hasegawa a décidé d’organiser à Tokyo une exposition d’un nouveau genre. Pour le pays, s’entend. On croirait en effet retrouver là une idée dadaïste ou surréaliste des années 1920. Donc vieille d’un siècle. Ce monsieur a proposé dans une galerie une manifestation «d’art escamotable». Comprenez par là que les visiteurs avaient le droit de prendre les objets en partant. Il s’agissait là d’une expérimentation devant «transformer la relation entre l’artiste et le public.» On connaît la chanson. Rien de nouveau sous le soleil, sauf Levant.

Le billet de monnaie froissé

Ce que Tota n’avait pas prévu, c’est la foule amenée par les réseaux sociaux. Son événement confidentiel, supposé durer dix jours, a pris fin après dix minutes seulement. Les 200 personnes qui se pressaient devant les portes ont tout dévalisé dans la nuit de jeudi à vendredi dernier. La police a dû intervenir. Il a fallu s'expliquer. La plupart des amateurs sont repartis bredouilles. Il a fallu non seulement de l’audace, mais de l’habileté aux autres. Un jeune homme s’est ainsi placé de manière stratégique au milieu du seuil, ce qui lui a permis d’emporter un billet froissé de 10 000 yens (environ 90 francs) faisant partie de l’installation «My Money» de Gabin Ito. Il compte garder la chose afin de décorer son appartement. Une pudeur que tout le monde n’a apparemment pas éprouvée. Certaines créations présentées se sont aussitôt retrouvées sur des sites de ventes aux enchères. A de petits prix pour de l’art (jusqu’à 1000 francs) certes, mais tout de même…

L’AFP a cité une ingénieure de 35 ans, Yuka Yamauchi. Elle s’est contentée d’une pince ramassée par terre. Une chose par définition non vendable. L’agence a donné surtout la parole à l’organisateur, tout surpris du résultat. Tota Hasegawa a tenu à souligner l’originalité de sa démarche, le Japon n’étant en apparence pas franchement le pays idoine pour les transgressions. Il a aussi salué certains comportements. Dans la mêlée, un homme a perdu son sac avec un portefeuille dedans. Eh bien, l’un des pilleurs a été le porter immédiatement (avec l’argent) aux responsables de la galerie! L’objet a donc pu se voir intégralement rendu à son propriétaire.

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